Ce qu’il faut de nuit donne la parole au père. Dans son premier roman, Laurent Petitmangin nous raconte les relations père/fils dans ce qu’elles ont de sensible et de violent. 

Le narrateur vit seul avec ses deux fils après la mort de leur mère, celle qui est appelée la « moman » dans la région Grand Est, aux alentours de Metz. Une région sinistrée où il travaille à la SNCF à la réparation de caténaires. Fus, l’aîné, et Guillou, grandissent chacun un peu ensemble et un peu de leur côté, jusqu’au drame.

L’amour du père

Alors qu’on a l’habitude des romans sur l’amour maternel, dans ce premier roman, l’auteur donne la voix au père. Ce père qui est engagé dans la famille, qui prend soin de ses fils, qui les accompagne aux activités sportives, qui les aide et les guide, un père aimant et attentionné. On découvre dans ce roman un portrait sensible d’un homme qui se retrouve seuls avec ses deux fils mais qui fait tout pour qu’ils grandissent le mieux que possible et pour qu’ils aient le plus de chance dans la vie.

« Un moment où il n’y a rien à faire pour moi, un des seuls instants qui me restent avec Fus. Un moment que je ne céderais pour rien au monde, que j’attends au loin dans la semaine. Un moment qui ne m’apporte rien d’autre que d’être là, qui ne résout rien, rien du tout. »

Un père qui veut le meilleur pour ses fils, autant dans les études que dans leur vie personnelle. Un père qui cherche des solutions, un père qui n’est pas passif, c’est ce qu’est le narrateur. Lui qui ne connaît rien d’autre que sa région natale va s’investir auprès de son plus jeune fils qui part faire ses études à Paris en l’accompagnant. Il se démène aussi pour son aîné qui a lâché l’école et qui va malheureusement chuter vers le pire.

Mais c’est aussi les doutes du narrateur que met en exergue ce roman. Après le drame, il se remet en question, est-ce sa faute ? Est-ce que tout cela serait arrivé s’il avait été plus présent ou bien présent autrement ? Ces doutes qui hantent le narrateur donnent tout son relief au personnage.

Un drame social

Ce qui se joue aussi dans ce roman, ce sont les tensions politiques qui agitent la région. Dans une France sinistrée et laissée à l’abandon par les pouvoirs publics, Fus et Guillou sont deux adolescents qui veulent se sortir de leur condition.

« J’avais finalement compris que la vie de Fus avait basculé sur un rien. Que toutes nos vies, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. »

Ce père qui va à la section tandis que Fus devient de plus en plus sombre, de plus en plus absent et sombre. Jusqu’à découvrir la vérité : son fils tracte pour le Front National. La question que pose le roman est de savoir jusqu’où l’amour paternel peut aller. Le narrateur se demande s’il peut accepter ça, accepter que son fils adhère aux idées de ce parti.

Laurent Petitmangin nous donne à lire ses actions et ses interrogations de père.

« Est-ce ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive ? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. »

Un premier roman touchant et original qui nous tient jusqu’au bout et nous transperce.

« Ce qu’il faut de nuit », Laurent Petitmangin, Editions La Manufacture de Livres, 198 pages, 16,90€