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"N'oublie rien" un livre de Jean-Pierre Martin

28 février 2024, par Mathilde Jarrossay

Récit témoignagne, Jean-Pierre Martin écrit les deux mois de prison qu'il a vécu au centre pénitentiaire de Saint-Nazaire en 1970 lorsqu'il avait 22 ans. 

Dans son récit, l'auteur alterne entre poésie et dialogue pur. Il décrit son quotidien en prison, mais aussi son combat à l'extérieur. Il fait un état des lieux des luttes ouvrières à cet instant à Saint Nazaire ainsi que sur le quotidien des ouvriers comme un parallèle avec celui des prisonniers. 

Une plongée en prison

Jean-Pierre Martin revient sur ses 61 jours en prison, sur son isolement au "mitard", loin finalement de la vie quotidienne de la prison qu'il n'entraperçoit qu'un peu dans des conversations avec les autres prisonniers et aussi avec le maton qui l'escorte, Bouille écarlate. L'auteur décrit la solitude de sa cellule, l'absence de jour et comment cet isolement réduit aussi son esprit. 

Pour le jeune homme de 22 ans, c'est une mise en arrêt de sa vie comme il le décrit lui-même. Il renoue avec sa propre intériorité qu'il avait abandonné au profit de la lutte commune. Il décortique sa vie et ce qu'il l'a emmené au coeur de ses luttes, lui enfant issu d'un milieu bourgeois sorti des classes préparatoires de Louis-le-Grand. 

"Monsieur, mon passé a occupé ma nuit, il était mon présent, il défilait sous mes yeux, des images en série m'assaillaient, elles refaisent le film de ma vie antérieure, ma vie solitaire et politique, l'internat à Louis-le-Grand, les études de philosophie à la Sorbonne, l'ennui de la cité universitaire d'Antony, les comités Vietnam de base, les premières actions militaires à la fac ou dans les bidonvilles, les manifs, la casquette de communard bourré de papier journal."

C'est une introspection pour le narrateur qui tente de se retrouver pendant ce temps, où est la limite entre sa lutte et ce qu'il pense vraiment ? Jusqu'où peut-il aller sans trahir ses idéaux mais sans non plus perdre de vue son propre milieu et ses biais. 

Une ode à la classe ouvrière

Ce que raconte aussi l'auteur dans ce livre, au-delà de la poésie en prison, c'est surtout le pourquoi il en est arrivé là. Il raconte sa révolte et celle de ses amis. Comment les morts sur les chantiers navals de Saint Nazaire l'ont conduit en prison en distribuant des tracts justifiant les attaques au cocktail Molotov. Il décrit ses différents jobs dans les différentes usines de la ville, comment dans chacun il a tenté d'insuffler ses idées communistes.

"Ici à Saint Nazaire, après les prétendus accidents aux Chantiers de l'Atlantique qui se sont succédés il y a deux mois, en mars et en avril, on ne pouvait plus se contenter de dénoncer, de bomber la base sous-marine, de planter un drapeau rouge sur la plage, de haranguer sur le terre-plein de Penhoët."

Il décrit les différentes actions qu'il mène avec ses amis Rémy et Marco entre autres, il décrit aussi la vie des ces hommes qui eux n'ont pas la chance de venir du milieu de Jean-Pierre Martin. La vie ouvrière, c'est tout ce à quoi ils peuvent prétendre. Cela crée en effet un sentiment de dualité dans l'esprit de l'auteur, même s'il s'associe totalement à la lutte de ces deux jeunes hommes. 

C'est cette dualité qui se traine le long du récit et qui explose à la fin de récit lors du procès de l'auteur. N'oublie rien est une manière pour Jean-Pierre Martin de justifier sa lutte, de ne pas oublier son militantisme après toute ces années et de justifier son engagement.

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"N'oublie rien", Jean-Pierre Martin, Editions de l'Olivier, 192 pages, 18,50 €




auteur
Passionnée de littérature depuis toujours, après des études d’édition, c’est finalement le spectacle vivant qui emporte Mathilde mais elle a toujours une bibliothèque conséquente. Elle écrit sur Untitled depuis 2017 dans la rubrique livre, autant de littérature contemporaine, française et étrangère mais aussi des sélections de livres jeunesse.


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