Augustin Revel est un auteur dont la réputation n’est plus à faire. Pourtant, de cette renommée il n’a que faire lorsqu’il comprend qu’il va devoir vendre sa maison familiale suite à sa séparation. Dépité, il embarque dans sa Peugeot quelques souvenirs poussiéreux et se lance dans un road trip sur les traces de sa mère…

Itinéraire d’un homme-enfant blessé

On va donc suivre l’itinéraire un peu fou, ponctué d’accidents de voiture, de rencontres passionnées et de souvenirs remués, du protagoniste sur les traces de sa mère. Un objectif qu’il n’identifie pas tout de suite, d’abord complètement déboussolé par la perte de sa famille. Perdu sur les routes de France, il va alors commencer à tracer un long cheminement mental, qui va le ramener au temps de son enfance, des jalousies fraternelles et de l’incompréhension vis-à-vis du parent. Et en particulier, du parent maternel, que le petit enfant Augustin aurait bien voulu sauver. Face aux crises de larmes de sa mère, à ses angoisses et à ses hurlements de désespoir que lui rappellent Maria Callas interprétant La Traviata, il aurait aimé pouvoir dire : « Ne reste pas là à trembler, maman, quand tu te retrouves seule le soir, allume deux ou trois bougies et mets-toi à écrire ».

Bouleversant personnage, pétri d’émotions et de regrets, qui aimerait, comme tout enfant blessé, comprendre « ce qui lui (sa mère) est arrivé pour qu’elle en vienne à bousiller sa vie et celle de ses enfants ». La force de Lionel Duroy, c’est de parvenir a faire de cette quête personnelle l’épitome de toutes les quêtes, de celles qui poussent l’être déboussolé a se tourner vers l’histoire des générations précédentes pour mieux comprendre sa situation présente. Et c’est cette recherche de l’origine qui va pousser Augustin a creuser profondément en lui-même, et, par extension, en l’âme humaine.

La quête psychothérapeutique

L’absente illustre avec force l’adage qui fait de la destination un objectif secondaire par rapport au chemin. Les réponses sont à chercher sur la route, et Augustin Revel va en trouver plus que de raison sur le bitume Français; il va y rencontrer un vieux couple qui lui rappellera celui de ses parents, une station essence similaire au garage miniature qu’il jalousait à son frère étant petit, discuter avec le premier amour de sa mère, retrouver la famille aigrie dans laquelle cette dernière a grandi, étouffée sous l’ombre de son père, « le héros de 14-18 » (qui l’aura tout de même empêchée de vivre SA grande histoire d’amour)

L’itinéraire est celui de la réconciliation, avec cette mère qu’il haïssait mais qui l’a poussé à écrire – « pour vivre dans le regard des autres puisque je mourais dans celui de ma mère » – avec la mort de ceux qu’il n’a pu revoir, avec ses propres démons que personne ne comprend. Pourquoi, après tout, chercher à écrire un livre sur cette folle qui a abandonné ses enfants et quitté son mari du jour au lendemain ? C’est cette incompréhension des autres qui rend sa quête plus furieuse, et qui rythme le roman de ses fulgurances. L’écriture de Lionel Duroy est elle-même une fulgurance, une légère brûlure qui s’imprime comme un tampon d’émotions. L’Augustin Revel qu’il construit est bouleversant, émouvant, et l’on voudrait le prendre dans nos bras comme nous aimerions enlacer les petits enfants blessés que beaucoup ont sûrement, un jour, déjà été.

L’absente est un roman bouleversant, dans lequel l’introspection d’un personnage à la recherche de sa mère va pousser l’auteur à envelopper toute l’humanité, le désespoir et l’amour qui unissent un enfant à son histoire familiale.  L’absente  ce n’est, au fond, que le trajet d’un enfant qui aurait bien aimé être le héros qui n’est jamais venu sauver sa famille…

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