Suite à la création de La Magie lente, la compagnie L’Idée du Nord a voulu conserver la même équipe pour donner naissance à une comédie. Cela donne Jubiler, une pièce de Denis Lachaud mise en scène par Pierre Notte.

Invité.e.s au Théâtre de La Reine Blanche, nous voilà convié.e.s à observer la naissance d’un couple. Pas un de ceux, romantisés dans la fleur de l’âge comme il s’en trouve majoritairement sur scène et sur les écrans, mais au contraire, un de ceux dont la possibilité d’aimer est déclarée périmée par une société éprise de jeunisme. Et oui, Stéphanie (Judith Rémy) et Mathieu (Benoit Giros) ont cinquante ans. Veuve pour l’une, divorcé pour l’un, ils sont décidés à combattre leur lente inanité programmée.

Pas facile de lier connaissance quand on a cinquante ans et des enfants. Heureusement les applications et sites de rencontres sont là. Stéphanie et Mathieu se retrouvent pour leur premier tête à tête physique. Étrange sentiment balancé entre l’impression de connaitre son.sa correspondant.e et parallèlement de le.la découvrir physiquement. Les voilà pris, ensemble, dans un temps commun qui n’est plus celui confortable de l’interaction numérique. Ils s’observent, font attention à ce qu’ils disent, se jaugent, remuent : tout un numéro d’attentions exacerbées qui en deviennent comiques. Pour autant une chose marque derrière cet amusant rituel. Il y a dans leurs échanges quelque chose de vrai, qui sans interdire la séduction ne cherche pas à détourner, à tromper. Serait-ce la fuite du temps qui condamne les minauderies ? Ou bien les attentes et les désirs de chacun.e s’affirmeraient-elles au long des années ?

À la vue de l’histoire d’amour entre Stéphanie et Mathieu qui prend de l’ampleur, Il faudrait croire que les algorithmes ne se sont pas trompés,. Mais qu’est-ce exactement qui permet ce développement ? Leurs caractères respectifs faits pour s’entendre ? La peur de finir sa vie seul.e ? Ou un travail commun constitué d’attentions, d’écoutes, de discussions ? Au fur et à mesure que nous les voyons évoluer dans leur nouvelle vie de couple, les scènes donnent l’impression que leur union est constituée principalement de dialogues. Mathieu parle beaucoup pour se justifier, se contredire, se chercher. Stéphanie affirme ses désirs, n’élude pas, se dévoile. Naissent de captivants échanges aux tournures volontairement discursifs et littéraires qui n’empêchent pas la légèreté et l’humour. À les écouter, parler n’a jamais paru aussi vivifiant, nécessaire. Alors que nous les voyons/entendons s’épauler, se construire mutuellement, ces échanges amènent ailleurs. Et si pour réussir à cohabiter avec l’autre, que ce soit dans une dynamique amoureuse, amicale, familiale, salariale, etc, le dialogue n’était pas la première, si ce n’est l’unique, nécessité ? Voilà une conclusion souvent admise mais rarement aussi allègrement illustrée.

Après L’Homme qui dormait sous mon lit qui interrogeait lui aussi la communication entre les personnes dans un futur dystopique où l’on est payé pour loger des migrant.e.s chez soi, Pierre Notte continue avec Jubiler son exploration clinique et comique des ressorts de la cohabitation entre les êtres. Quand le singulier vibre au pluriel.

Jubiler
Texte Denis Lachaud
Mise en scène Pierre Notte
Avec Benoit Giros et Judith Rémy

À Arthéphile – Avignon en juillet 2021.