Marie-Annick Horel livre un témoignage inédit et bouleversant sur la réalité d’un métier dévalorisé et trop souvent exposé. Surveillante durant trente-sept ans dans la prison pour femmes de Rennes, elle y raconte l’univers carcéral, la confrontation avec la violence mais aussi la grande fierté qu’elle a d’avoir exercé ce métier.

Le milieu carcéral, Marie-Annick Horel le connaît bien. C’est à 21 ans, alors toute jeune recrue, qu’elle découvre l’univers de la prison. Un milieu qu’elle finira par quitter en 2017, après trente-sept années de bons et loyaux services. Des années qu’elle a passées auprès de femmes écrouées, parfois condamnées à de très longues peines au Centre pénitentiaire de Rennes, le seul en France exclusivement réservé aux femmes.

Une microsociété sous cloche

A la retraite depuis 2017, Marie-Annick Horel a souhaité – à travers ce témoignage coécrit avec la journaliste Maria Poblète – raconter le désespoir et la solitude de ces longues peines. “Nous côtoyons la souffrance du matin au soir, de la tombée de la nuit au lever du jour”. Qu’elles soient braqueuses, tueuses, trafiquantes ou mères infanticides, jamais elle ne les jugera. Tout au long de sa carrière, mais sans jamais baisser le regard ni l’attention, elle les accompagnera et cherchera à instaurer des relations plus humaines, au grand dam de sa hiérarchie. “Souvent, on me rappelle à l’ordre. A chaque fois, je dis ce que je pense. Nous ne serons pas des robots qui ouvrent et referment la porte des cellules. Je ne courberai pas l’échine. Les propos de mes supérieures ne me blessent pas, ils confirment mon engagement”.

Au fil des pages, elle retrace les mutations qu’a connu l’institution pénitentiaire : abandon de l’uniforme, fin du travail obligatoire, autorisation des soutiens-gorges, mise en place des unités de vie familiale… Elle expose aussi le quotidien de femmes, trop souvent oubliées et cachées, derrière ces murs de barbelés, que la société peine à regarder une fois condamnées. Elle dessine des portraits poignants et glaçants, sans cacher la terrible difficulté de la réinsertion pour ces femmes, et les désespérantes lacunes de l’administration peu en phase avec la réalité du terrain.

“Zone d’ombre de la République”

A travers ces pages, l’auteure dénonce aussi une institution sous pression permanente, un métier dévalorisé car méconnu. Elle y évoque le manque de moyens et la gestion de crise difficile qui poussent ses collègues à démissionner. Aussi, elle lève le voile sur la dureté de son emploi et le manque de personnel, qui ne font qu’aggraver la charge de travail et la pression sur les surveillants pénitentiaires. “C’est un besoin pour oublier la dureté du métier et l’enfermement. D’où l’intérêt de trouver un juste équilibre. Quand on y arrive plus, la décision de démissionner me paraît honnête. D’autres restent seulement pour des raisons économiques. Notre métier est pourtant un métier d’engagement. J’ai croisé beaucoup de filles malheureuses, qui passent leur temps à critiquer la Pénitentiaire et à mépriser les détenues. Elles n’hésitent pas à prendre des mois d’arrêt maladie sans se demander si l’organisation et la surcharge de travail seront supportables pour leurs collègues.”

Elle raconte la drogue, les trafics, l’ultraviolence persistante entre les filles et le quotidien carcéral. Sans concession, elle parle de ce métier éprouvant et dévalorisé, trop souvent mal payé et oublié des politiques, mais aussi de son immense fierté d’avoir exercé ce métier qu’elle juge être une “zone d’ombre de la République”.

Marie-Annick Horel signe un témoignage fort et inédit sur la réalité d’un métier trop souvent exposé et mal-aimé. Tout en dénonçant le manque d’humanisme, de moyens, les faibles formations d’une profession invisible, elle y fait aussi des propositions pour faire évoluer l’incarcération en France, la réinsertion des condamnées et le quotidien des détenus et du personnel.

« Au coeur de la prison des femmes : ma vie de surveillante », Marie-Annick Horel et Maria Poblette, Edition Taillandier, 224 pages, 18,90 €