Qu’est-ce qui nous attend en 2024 ? Allant à l’encontre d’un futur événement semble-t-il irrépressible, Marc Perelman, architecte et enseignant-chercheur, ose remettre en question l’idéal olympique dans son ouvrage 2024 – Les Jeux olympiques n’ont pas eu lieu. À découvrir en librairie aux Éditions du Détour.

Retard sur le calendrier ou pire : report voire annulation pour cause d’épidémie mondiale ? Après le précédent qu’a créé les J.O. de Tokyo 2020 finalement organisés en 2021, qu’arrivera-t-il à ceux de Paris en 2024 ? À lire l’ouvrage de Marc Perelman, il vaudrait mieux que ceux-ci soient annulés… Passage en revue de ses arguments.

Alors qu’une fête à la dimension d’une ville est annoncée, que gérant.e.s de BTP et édiles municipaux.ales affirment de concert que les chantiers en cours auront pris fin avant les célébrations et que Notre-Dame de Paris sera à nouveau chapeautée par la flèche de Viollet-le-Duc selon les souhaits du Président de la République, Marc Perelman affirme sur la quatrième de couverture de son ouvrage : « Nous ne sommes pas obligés de lui dérouler le tapis rouge ». Le consensus entourant ces jeux ne serait pas aussi général qu’on le dit ?

Pour commencer, qui est donc ce « nous » qui va accueillir ces jeux ? En se penchant sur les modalités de participation et de sélection du CIO (Comité international olympique – l’auteur a eu la bonne idée d’inclure un glossaire à la fin de son livre) il apparaît que les populations des villes en lice ne sont que peu sollicitées dans des décisions qui altèreront durablement leurs lieux de vie. Tout le monde aime le sport et entre hygiène de vie et divertissement, voilà une bonne façon de choyer sa population ! Une fois établi cette ferveur populaire imaginaire, les grands chantiers peuvent commencer.

Chiffres et données des précédents J.O. à l’appui, Perelman liste les effets de l’olympisme sur une ville. Après sept années de préparatifs et un dépassement en moyenne de 179% du budget prévisionnel, une « suspension de la souveraineté de l’État » au profit du CIO qui ne paye pas d’impôts et convie la main d’œuvre étrangère comme il le souhaite, les Jeux Olympiques laissent partout où ils passent un bilan financier, social et écologique désastreux. Entre emplois précaires et temporaires, gentrification, pollution, contrôle généralisé, appropriation des biens communs, la « centrifugeuse sociale » comme l’écrit Perelman, a battu tous les records. Alors, quel est donc le projet de société de cet olympisme où seulement 5% des épreuves sont mixtes ?

Que Perelman ne porte pas dans son cœur le Baron Pierre de Coubertin à l’origine de l’olympisme, c’est un fait qui culmine dans le chapitre intitulé : « Pour en finir avec Pierre de Coubertin ». Mais au delà du personnage, c’est une vigoureuse critique de la notion de sport qui a lieu entre ces pages. À l’inverse de jeux ludiques pratiqués avec liberté et plaisir, le sport, né avec la société industrielle, met en avant une compétition acharnée autant entre les femmes et les hommes, que vis-à-vis de leur propre corps. C’est ainsi qu’après des entrainements intensifs, les Nations, les êtres humains, les corps s’usent à s’affronter dans un désir démiurgique de dépassement. Étrange similitude que voilà avec le projet capitaliste.

Plutôt donc de perdre corps et esprit dans cette course folle, Marc Perelman invite, avec la radicalité dont il a fait preuve tout au long de son texte, à faire disparaitre l’objet même de sa critique : le sport. C’est militant, stéréotypé parfois (les athlètes pendu.e.s à des jeux vidéos hors de leurs entrainements), dopé de données et, au final, riche en réflexions.

« 2024 – Les Jeux olympiques n’ont pas eu lieu », Marc Perelman, Éditions du Détour, 2021, 192 pages, 18 euros.