Lorsque l’on lit le résumé de la quatrième de couverture et que l’on découvre que le roman traite de la Deuxième Guerre Mondiale, notre premier réflexe peut être de penser que c’est un thème qu’on a déjà trop lu, et donc de reposer le livre. Mais ce serait là une grosse erreur !

En effet, Les derniers jours de nos pères aborde la guerre sous un angle différent et peu traité par la littérature sur le sujet. Joël Dicker, dont c’est le premier roman, se concentre sur le Special Operations Executive (SOE), une branche particulière des services secrets britanniques. Winston Churchill, son créateur, a l’idée originale et astucieuse d’y intégrer les populations des territoires occupés par l’armée allemande et de les envoyer sur le terrain pour des opérations de sabotage et de renseignement.

Le lecteur suit donc un petit groupe de Français rattachés à la Section F, de leur recrutement jusqu’à leur déploiement sur le territoire français. On assiste tout particulièrement aux aventures de Paul-Emile, un Parisien dont le surnom de guerre devient Pal, le personnage principal du récit auquel on s’attache assez rapidement pour ses qualités humaines, sa générosité, mais aussi pour son intelligence et sa maturité malgré son jeune âge. On le voit débarquer dans des manoirs anglais réquisitionnés par les services secrets pour entraîner leurs jeunes recrues. Il y rencontre ceux qui deviendront ensuite sa nouvelle famille, des personnages tous plus attachants les uns que les autres, avec qui il traversera toutes sortes d’épreuves. Il y a, parmi eux, Key, son meilleur ami, Gros, un garçon naïf et plein d’espoir, Claude, un curé, et Laura, l’unique femme du groupe, dont il tombera amoureux.

Au fil du récit, les personnages se posent des questions sur leur engagement, sur le sens de la guerre, sur la peur et sur la mort. Mais les passages les plus intéressants et les plus touchants du livre sont ceux où les agents secrets s’interrogent sur l’Homme, sur sa capacité à se faire du mal, à détruire ce qui lui a pris des siècles à créer. L’attachement très fort de Pal pour son père rappelle le titre, chaque réflexion sur le père étant l’occasion pour le jeune homme et ses camarades de s’interroger sur ce qu’ils font de l’héritage qu’ils ont reçu des générations qui les ont précédés. Joël Dicker tisse un lien entre les actions de ces quelques hommes qui ont décidé de résister aux Allemands et l’influence que ces actions ont sur eux; on assiste donc à leur transformation dans les camps d’entrainements et ensuite face à la guerre, à ses angoisses et à la perte d’êtres chers.

Le roman est un croisement entre un récit de guerre et les histoires personnelles de ces personnages, un condensé d’émotions parfaitement véhiculées à travers une écriture fluide, bien qu’au langage plutôt littéraire. L’auteur oscille entre des réflexions pessimistes sur la nature de l’Homme qui ne semble pas apprendre de ses erreurs, et l’espoir qu’il y ait toujours des Hommes, comme ses personnages, qui seront prêts à se battre pour ce en quoi ils croient. Ce passage, qui se situe à la toute fin du livre, en est tout à fait représentatif : « Les démons reviendraient, ils le savaient. Car l’Humanité oublie facilement. Pour se souvenir, elle construirait des monuments et des statues, elle confierait sa mémoire à des pierres. Les pierres n’oublient jamais, mais personne ne les écoute ; et les démons reviendraient. Mais il resterait toujours des Hommes quelque part. » (p444).

Un roman qui dérange par sa vision réaliste de ce dont est capable l’Homme, mais rempli de bons sentiments et d’espoir, animé par des personnages touchants auxquels on aimerait ressembler.

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