Et si Sylvia Plath ne s’était pas suicidée ce 11 février 1963, mettant soudainement fin à la frénésie littéraire et poétique d’une femme dont la liberté et l’indépendance sont encore entravées ? Coline Pierré nous offre un souffle de vie en quatre saisons, pendant lesquelles elle imagine comment la poétesse deviendrait véritablement elle-même.

Sylvia Plath, poétesse états-unienne, vit en Angleterre avec son mari Ted Hughes, duquel elle est séparée après qu’il l’a trompée, et ses deux enfants, Frieda et Nick. Dépressive, abandonnée par son mari et artistiquement toujours dans l’ombre de celui qu’elle a aimé, elle décide de se donner la mort en s’intoxiquant au gaz. Mais Coline Pierré tente l’exercice littéraire et féministe d’imaginer quelle aurait été la vie de Sylvia Plath dans l’année suivant son suicide raté. Un objet de joie difficile à reposer et qui nous fait entrer dans l’intimité de l’une des plus grand poétesses du siècle dernier !

(Ré)apprendre à vivre

Après une phase de dépression intense alors qu’elle n’a pas réussi à se donner la mort, Sylvie Plath tente de remonter la pente. Tout s’est écroulé autour d’elle : son mari l’a abandonnée et trahie, celui à qui elle avait donné tout son amour et qu’elle avait tant soutenu pour qu’il atteigne le succès littéraire qu’elle pense qu’il mérite, elle a été obligée de quitter la maison qu’ils avaient acheté ensemble pour s’installer dans un taudis londonien dans lequel elle tente tant bien que mal d’élever ses deux enfants.

« Elle se sent comme un patchwork. Un peu mère, un peu jeune femme, un peu enfant, un peu libre, un peu sévère, un peu moderne, un peu archaïque, comme si elle ne parvenait pas à se trouver elle, encombrée à la fois de celle qu’elle était, de ces identités qu’elle voudrait endosser et de tous ces modèles de femmes que la société lui impose.« 

Doucement, la poétesse reprend goût à la vie, en partie grâce à ses deux enfants et à la joie qu’ils lui apportent, en partie grâce à un nouveau projet littéraire qu’elle partage avec une jeune metteuse en scène : adapter son roman La Cloche de verre – qu’elle a publié sous pseudo et qui raconte la dépression qu’elle a vécu alors qu’elle était étudiante aux Etats-Unis – en comédie musicale. Transformer l’une des épreuves les plus difficiles de sa vie en une pièce joyeuse, comique et profonde qui mette en avant des réflexions féministes et qui lui permette de grandir.

Femme et libre !

Coline Pierré met magnifiquement en scène l’aspect collectif des combats féministes de Sylvia Plath : elle se bat pour davantage de reconnaissance de son talent poétique, pour qu’elle ne soit plus considérée comme l’épouse d’un poète qui l’a trahie, pour se faire un nom et pour faire accepter au monde qu’elle peut être mère, poète, amie… Femme et libre somme toute !

« Sylvia croit simplement se débattre avec son histoire personnelle, se débarrasser couche par couche de ses vieilles écorces mortes, mais en réalité elle fait la chose la plus importante qui soit à sa portée : se saisir du langage pour définir les contours de sa vie et se tailler une place dans le monde. Avec ce geste, elle prend part à cet immense travail collectif qui consiste à esquisser des existences féminines possibles, pour elle-même, pour Simone, pour Frieda, pour les générations de femmes qui vont suivre, et qui la liront le coeur battant.« 

Même s’il est évident que nous revivons l’histoire avec un brin d’anachronisme dû à nos yeux du XXIe siècle, les enseignements des combats de Sylvia et des femmes qui l’entourent sont essentiels et universels : elle n’a besoin de personne et peut, à travers l’écriture, être celle qu’elle veut. Et à travers ces pages, Coline Pierré semble aussi nous dire que ce n’est pas grave de trébucher, de tomber, de tâtonner, de se chercher. Si Sylvia, aux côtés de ses ami.es et de ses enfants, cherche à s’inventer une nouvelle vie, à se rendre complète et à trouver le bonheur, Pourquoi pas la vie donne aux lecteur.rices un souffle de vie, bercé par les plus grands tubes des Beatles et les étincelles du Londres des Sixties.

« Tout détruire et recommencer sur des ruines. Bouleverser sa vie, par petites ou grandes mutations jusqu’à comprendre ce qui lui manque. Comme s’il ne s’agissait que d’ajouter ou d’enlever des poids sur le plateau de la balance jusqu’à atteindre le point d’équilibre, déplacer les pièces du puzzle jusqu’à ce qu’elles s’imbriquent.« 

Un premier roman qui remet en cause le statut de poète maudite de Sylvia Plath, qui lui redonne également sa juste place pour l’époque qui a été la sienne et qui nous invite à la (re)lire en y mettant un filtre peut-être un peu différent : celui d’une femme libre et forte.

« Pourquoi pas la vie », Coline Pierré, Editions L’Iconoclaste, 320 pages, 19€