Après Play boy, Constance Debré revient avec Love Me Tender, où elle continue à livrer ses réflexions sur elle-même dans ce style épuré et tranchant qui la caractérise. Dans ce récit, elle interroge la maternité, les relations amoureuses et parentales, le dénuement…

Lorsqu’elle décide de tout lâcher – son travail d’avocate, son appartement, son confort matériel – Constance Debré se retrouve à vivre dans un 9m² sans ressources, si ce n’est celles que peut apporter la vie à Paris. Le point de départ se fait avec le divorce de l’auteure d’avec son mari, puis cette relation avec son fils qui se délite, cette maternité qui s’abîme à cause du père. C’est aussi cette nouvelle vie qui s’ouvre, celle des femmes, des longueurs de crawl, des rencontres encadrées pour voir son fils…

Mère, et alors ?

Avec cette écriture mordante, ce franc parler déjà présent dans Play boy mais d’autant plus acéré dans Love Me Tender, Constance Debré nous décrit ce qu’est être une mère, plus encore être une mère lesbienne et divorcée. Elle décrit avec force ce combat contre son ex qui retient contre elle chaque détail de sa personne : son physique, ses lectures, ses amours… Chaque détail de son intimité est retenu contre elle dans ce jugement de divorce, jusqu’à la perte de la garde de son fils.

Un combat qu’on peut voir comme féministe à bien des égards, quand elle décrit les comportements de son ex-mari, la pression qu’il fait subir à son propre fils et le regard qu’il jette sur la nouvelle vie de celle qui fut sa femme. Ce portrait qu’elle dresse avec sévérité mais sincérité, c’est celui d’un homme blessé dans son orgueil.

« Il m’accuse d’inceste, de pédophilie sur mon fils de huit ans, directement ou par tiers interposés. […] Il cite des passages de certains livres de ma bibliothèque, Bataille, Duvert, Guibert. Il fait des montages, il crée l’accusation, le doute. »

Pourtant Constance Debré ne renonce à rien. Même si elle finit par jeter ses livres, plus par manque de place que pour faire plaisir à la justice, elle continue à nager tous les jours, à entretenir ce corps androgyne et à courir les filles, puisque c’est ce qu’elle a décidé de faire, puisque c’est comme ça qu’elle a décidé de vivre.

« Je ne suis pas une mère. Bien sûr que non, qui voudrait l’être ? À part celles qui ont tout raté. Qui ont tellement échoué dans tout qu’elles n’ont que ce statut pour se venger du monde. »

Une ode à soi

Constance Debré nous livre sa révolution intérieure, ses actions et réactions face aux injonctions de la vie, comme une tempête dont elle n’a pas encore vraiment réchappé. Résolument moderne, elle n’a pas peur des mots, elle est honnête, cash et parfois trash, mais c’est ce qui fait la force de ce récit.

Elle fait l’état des lieux de ses relations, de celle avec son fils et de celle avec son père. Elle chronomètre les errances de la vie dans un récit coup de poing. Elle revendique le droit de vivre sa propre vie et de faire ses propres choix, sans se préoccuper du reste.

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. »

Elle se laisse aller à ses interrogations. Si dans Play boy, elle interrogeait sa sexualité – à savoir si elle était « normale » – dans Love Me Tender, elle interroge l’Amour : l’amour paternel, l’amour maternel, les relations amoureuses… C’est cette quête du sentiment et de l’identité que l’on retrouve dans son second récit.

« Il faut bien tuer qui on aime, savoir qu’on en est capable, qu’on en a toujours le droit. L’amour est une sauvagerie. »

Love Me Tender est un coup de poing littéraire, d’une écriture tranchante et épurée, Constance Debré parcoure le sentiment amoureux et l’identité, dans un récit époustouflant.

« Love Me Tender », Constance Debré, Editions Flammarion, 192 pages, 18€