Après un remarquable roman “Le dernier des nôtres », Adélaïde de Clermont-Tonnerre – lauréate du Grand Prix de l’Académie française 2016 – signe un troisième roman entraînant dans lequel il est question de famille, de cinéma, de #MeToo, mais surtout de malheur et de solitude.

Oscar Laventi, 29 ans, scénariste pour la télévision, vit seul dans un modeste logement, perché sous les toits parisiens. Ses deux parents, forment un couple amoureux mais perpétuellement fâché. Edouard Vian, le père a fondé une société de production de cinéma tandis que la mère est scénariste de films. 

Amours et drames

Edouard et Laura sont deux être flamboyants, aux allures de héros, qui passent leur vie à se séparer pour mieux se retrouver. Alternant mariages, divorces et films en commun, ils ont à cœur de se mettre sans cesse en scène. De cette union est né Oscar, dit “Scaro”, un petit garçon qui a grandi choyé et aimé aux côtés de tous les artistes en vue de l’époque. 

Mais difficile pour un jeune homme de se construire dans l’ombre de ces deux êtres  aux personnalités explosives, que l’on idolâtre et qui se retrouvent sans cesse sous les feux des projecteurs. “Mes parents, en me noyant dans le tourbillon de leur passion, m’avaient mis le cœur et la tête à l’envers”.

Quand le livre commence, Oscar apprend que sa mère, malade, est condamnée. Fidèle à ce qu’elle a toujours été, elle ne souhaite que personne ne soit mis au courant. “Comment faire face à ce qui m’attendait ? J’avais beau avoir vingt-neuf ans, ma mère a toujours été ma boussole. Sans elle, je perds le nord et le sud. » Alors – décidé à lui offrir ces quelques jours heureux – Oscar veut faire de ces derniers mois une parenthèse enchantée, la réconciliation définitive de ses parents (avec l’espoir secret que sa mère en sera sauvée).

Portrait d’un enfant du siècle

Vivre, aimer, mourir. Mais l’amour, surtout et avant tout. Ces jours heureux sont tels des montagnes russes auxquels on s’accroche et qui s’enchaînent avec ivresse. « J’essayais de graver dans ma mémoire sa silhouette et sa grâce. Je voulais me souvenir de ce moment. J’avais si peur qu’il soit le dernier ».

En choisissant de faire d’Oscar le narrateur de sa propre histoire, Adélaïde de Clermont-Tonnerre dresse un portrait  tout en nuances, s’approchant au plus près de sa relation avec ses parents. Intense et défilant à toute vitesse sous nos yeux, le roman réussit à mêler des thèmes multiples : la maladie, la célébrité, le monde du cinéma et sa vague “me too”, la filiation, mais aussi les réseaux sociaux.

Au détour d’une histoire, l’autrice parvient à délivrer de puissants portraits de femmes. Des celles qui inspirent les artistes, de celles qui troublent les sens, mais qui font aussi chuter les empires. Chacune à leur façon, chacune dans leurs combats, ce sont des féministes.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre signe un portrait à la fois joyeux et mélancolique d’un enfant du siècle aux prises avec la société.

« Les jours heureux », Adelaide de Clermont-Tonnerre, Edition Grasset, 448 pages, 22 euros