Renouvelant de manière saisissante son univers, Louise Erdrich nous entraîne dans son nouveau roman au-delà de la fiction, dans un futur proche et effrayant, où la notion de liberté et la procréation deviennent des armes politiques. Une incroyable plongée dans une dystopie cauchemardesque post-apocalyptique.

Le monde touche à sa fin. Aux Etats-Unis, la population se retrouve sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. Alors que l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, Cedar – une jeune indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs – apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé, elle se lance dans une fuite, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. 

Qui suis-je ?

L’auteure signe une fable moderne, un roman contemporain qui flirte entre roman d’anticipation et dystopie. Alors que Cédar est enceinte de quelques mois, elle souhaite en apprendre davantage sur sa mère biologique et découvrir son héritage. Perturbée par ses questions identitaires, les USA  – au même moment – plongent dans un régime totalitaire, sans internet, frontières fermées et avec une seule chaîne de télévision diffusée. 

Louise Erdrich s’attaque à un thème fort, l’identité. Alors qu’elle s’apprête à devenir mère à son tour, Cédar cherche à savoir qui elle est, d’où elle vient et se retrouve catapultée, à la recherche de sa propre enfance. “Quand je te dirai que mon nom blanc est Cédar Hawk Songmaker, que je suis la fille adoptive d’un couple progressiste de Minneapolis, qu’après être partie à la recherche de mes parents indiens et appris que je suis née Mary Potts j’ai caché à tous ma découverte, tu comprends peut-être”. Mais César se cherche aussi, dans un monde incertain, comment faire confiance aux autres ? Enceinte, à la recherche de soi, de ses origines, comment accepter de dépendre d’une autre, alors qu’on a été abandonnée petite ?

Un monde mutant

Alors que l’héroïne tente d’avancer, le monde est en pleine mutation, dans un chaos sans fin. Les habitants se ruent dans les magasins, sont privés de libertés, ne peuvent qu’adhérer à un nouveau mouvement religieux et n’ont plus accès à la libre information. Un schéma qui nous rappelle la triste arrivée d’un virus, alors que rappelons-le, le livre est sorti en version originale en 2017 (visionnaire Louise Erdrich?).

Petit à petit, le lecteur comprend que la société américaine bascule dans une autre ère, celle d’une dictature où les femmes deviennent les premières victimes. “Les périodes de chaos ont toujours engendré lettres et journaux intimes voués à être lus bien plus tard ; a posteriori ; il n’est pas impossible, selon moi, que je m’inscrive dans cette lignée”. Alors que les femmes n’arrivent plus à mettre au monde des enfants, que les bébés survivants deviennent rares, le gouvernement cherche à contrôler cette apocalypse biologique en les séquestrant dans des hôpitaux jusqu’à l’accouchement. Que deviennent-elles ?
A travers un journal qu’elle tient pour son enfant à venir, la narratrice retrace au jour le jour la chute d’un système dans lequel vivre et donner la vie sont devenus passibles de mort.

Dans ce nouveau roman, Louise Erdrich nous rappelle la puissance de l’imagination, ce réel qui nous dépasse constamment. Grâce à une écriture bien ciselée, elle livre un roman engagé, dans lequel elle questionne l’adoption, le lien filial mais surtout la maternité.

« L’enfant de la prochaine aurore », Louise Erdrich, traduit par Isabelle Reinharez, Edition Albin Michel, 416 pages, 22,90 euros