Avec Le parfum des fleurs la nuit, Leïla Slimani signe un texte court et brillant, très personnel sur la création littéraire. Un beau plaidoyer pour les écrivains, la littérature et la liberté d’être soi.

“Dans quel piège suis-je encore allée me fourrer ? Pourquoi ai-je accepté d’écrire ce texte alors que je suis intimement convaincue que l’écriture doit répondre à une nécessité, à une obsession intime, à une urgence intérieure ? » A travers sa collection “Ma nuit au musée”, les éditions Stock invitent un-e écrivain-e à passer une nuit entière enfermé-e dans un musée afin d’en tirer un livre.

Pour cela, l’écrivaine Leïla Slimani a accepté de se laisser enfermer une nuit entière à la Punta della Dogana, le musée d’art contemporain situé dans les anciennes douanes de Venise. 

Une ode à la création littéraire

Avec passion, la romancière se confronte à la solitude et propose avec cet ouvrage un mélange d’autobiographie et de réflexions sur la vie et sur l’écriture.

Seule et enfermée, elle fait écho dès les premières lignes à son métier d’écrivaine et convoque de nombreux autres écrivains tels que Ahmet Altan (journaliste et écrivain turc emprisonné depuis le cout d’Etat de 2016 et libéré il y a peu) mais aussi Tchekhov, Hemingway, Adam, Oates, Woolf et Tolstoï. “Ce qui me touche chez les grands écrivains, c’est leur considération. Dans les livres, qui m’ont éblouie, les auteurs semblent animés d’une telle empathie que les existences les plus triviales, les sentiments les plus quotidiens se parent de magie. Quelque chose de grand semble sortir de nos vies misérables. Ils m’ont donné l’espoir ou l’illusion qu’on pouvait se comprendre, qu’on pouvait même se pardonner ou ne pas se juger. Que nous n’étions pas condamnés à la froide et interminable solitude.”

Au gré de l’inspiration que lui procurent ces oeuvres exposées, elle se laisse aller dans une bulle de solitude et s’ouvre à ses pensées. Dans ce petit livre, elle partage son ressenti, sa vision de l’écriture mais témoigne aussi de son rapport à l’écrit, intimement lié à son rapport au monde et à son identité.

La figure du père

Ces quelques pages sont aussi l’occasion pour la romancière d’évoquer son père, celui qui s’était retrouvé à tort au centre d’un scandale politico-financier au Maroc et décédé seulement quelques mois après sa sortie de prison. Un deuil qui lui a permis, comme elle l’explique si bien, d’ouvrir de nouvelles portes et de trouver cette voix, jusqu’alors à cette époque non imaginée.

“On me demande de quelle origine je suis et je réponds parfois que n’étant ni une pièce de viande ni une bouteille de vin je n’ai pas d’origine mais une nationalité, une histoire, une enfance.”

A travers ces mots, on suit Leiïa Slimani de jour comme de nuit, à Paris, au Maroc et en Italie en plein cœur de ses questionnements, ses doutes et élucubrations. Sur quelque 130 pages, sans début ni fin, elle prend la plume et couche sur le papier ses maux.

« Le parfum des fleurs la nuit », Leila Slimani, Editions Stock, 128 pages, 18 euros

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