Elle montrait déjà les femmes et leurs intimes dans son premier long métrage Puppy Love : Delphine Lehericey réitère l’expérience avec Le Milieu de l’Horizon, adaptation de l’œuvre éponyme de Roland Buti. Organique, ardent, et brûlant, Le Milieu de l’Horizon nous plonge à travers des yeux adolescents, dans l’éclatement d’une famille sous le soleil implacable de la canicule de 1976.

En plein cœur de l’été caniculaire de 1976, le jeune Gus (Luc Bruchez) âgé de 13 ans est frappé de plein fouet par les failles du monde des adultes. Il vit à la ferme de ses parents et aide son père, Jean (Thibaut Evrard), à s’occuper de l’élevage de poulets. Il sillonne la campagne à vélo pour fuir sa maison. La chaleur est dure, et elle affecte les conditions d’élevage des poulets, le monde agricole et son monde à lui. Gus est très proche de sa mère Nicole (Laetitia Casta). Mais lorsque celle-ci rencontre Cécile (Clemence Poesy), rayonnante et entière, son monde bascule.

Au cœur d’une nature organique

Au beau milieu des années 70, Le Milieu de l’Horizon raconte des histoires contemporaines et universelles. Le soleil y tape fort, c’est la canicule. La chaleur transpire à travers l’écran. On la sent monter en puissance à mesure que la tension du film monte. Elle décime les élevages du territoire, elle assèche la nature et ses cultures. Les plans réguliers de la tente aux poulets, qui se vide progressivement de ses habitants, font preuve d’une immense finesse et proposent une vision puissante des réalités du territoire. A la limite du naturalisme, Delphine Lehericey, sur la base de l’œuvre de Roland Buti, dépeint avec une grande justesse les impacts du réchauffement climatique sur des activités telles que l’élevage et l’agriculture.

© Pyramide Films

Les femmes qui s’aiment

Sous le soleil battant, Nicole rencontre Cécile à la poste. Elle intègre le club de lecture de Cécile. Elle invite Cécile à dîner avec toute la famille. Clémence Poesy incarne à la perfection une Cécile solaire et libre, qui tranche avec la tension qui régit la famille de Gus. En toile de fond, le Milieu de l’Horizon est fondamentalement l’histoire de schémas familiaux et de l’intime des femmes. Nicole est enfermée dans un couple où son mari, qui pourvoit aux besoins de la famille, régit l’emploi du temps, les activités et même l’humeur de la famille. Il incarne colère et tension, qui donnent le ton à l’ambiance familiale : personne ne peut être heureux, personne ne peut être insouciant, personne ne peut vivre, s’il ne l’est pas aussi. Il s’attache minutieusement à régir la vie de famille selon ses bons souhaits, et voit d’un mauvais œil Cécile, libre, espiègle, entière. Celle qui a quitté son mari incarne une liberté féminine qui nuit au noyau familial traditionnel.

Dans un pied de nez aux règles tacites du couple hétérosexuel qui ne comble pas les femmes, la relation qui se crée entre Cécile et Nicole représente la liberté et la porte de sortie d’une femme qui cherche à s’émanciper.

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Au milieu de l’adolescence : devenir grand

La sécheresse et l’éclatement du noyau familial sont dépeints à travers les yeux de Gus. Il se retrouve à 13 ans, confronté de plein fouet aux images d’un monde paysan sur le déclin, et à la fin du schéma familial dans lequel il a évolué. Empli de colère, Gus est un adolescent qui rejette le monde dans lequel il a grandi. Le Milieu de l’Horizon, c’est l’histoire de fins et de la façon dont on les accepte. Pour Gus, c’est la fin de l’adolescence, et l’entrée dans le monde adulte, aussi difficile et violent que cela puisse être.

© Pyramide Films

Si l’on regrette une lisibilité parfois brouillée du personnage de Nicole, Le Milieu de l’Horizon est un film prenant. C’est aussi et surtout un film d’engagement écologique qui ne dit son nom, mais qui rappelle que nos sociétés savaient déjà, il y a 50 ans, les dangers et conséquences du réchauffement climatique.

Le Milieu de l’Horizon, de Delphine Lehericey, sortie le 20 octobre 2021.