Dans un deuxième roman très réussi, Virginie Noar retrace le parcours d’une femme, mère pour la deuxième fois mais seule désormais, dans l’angoisse des nuits et l’amour inconditionnel portés à ses enfants. Un récit bouleversant. 

La narratrice est enceinte pour la deuxième fois. Elle s’en réjouit mais appréhende. Et tout bascule quand le couple croit perdre le bébé et que le père décide de s’enfuir. Comment affronter les premières semaines de cette nouvelle vie seule ? Comment garder de l’espace pour cette petite fille qui verra l’arrivée d’un deuxième petit être qui modifiera l’équilibre ? D’une prose riche et bouleversante, Virginie Noar parcourt les angoisses de cette femme, les normes qui pèsent sur elle en tant que mère et la traversée de la solitude pour se retrouver.

Conditionnement et absence

Isolée loin de la ville et seule, la narratrice tente tant bien que mal de survivre à ces nouvelles nuits sans sommeil, aux angoisses de la maternité, tout en restant la maman de cette petite fille de deux ans, perdue mais désormais grande soeur. Elle fait tout pour recréer un équilibre à trois mais semble tout d’abord s’y perdre. La narratrice, malgré ses efforts, ne peut s’empêcher parfois de se dissocier de cette femme, la mère, et de recourir à la troisième personne, face à ces deux petits êtres qui n’ont qu’elle – mettre de la distance pour répondre à l’impuissance.

Les souvenirs d’enfance remontent : alors qu’elle est seule avec ses deux enfants, elle se rappelle de son rapport à sa mère, des promesses qu’elle s’était faites de ne jamais lui ressembler, d’être une autre mère que celle qu’elle avait eu. « Je me voulais mère compréhensive, à l’écoute, sachant répondre aux besoins de mes enfants parce que profondément, et de manière définitive, logerait toujours en moi cette petite fille qui s’était fait la promesse de ne pas reproduire. Parce que la violence des mots, des coups, des silences aussi, je pensais alors qu’on pouvait choisir de ne pas y avoir recours. C’était ainsi, il suffisait de choisir de ne pas. » Poids supplémentaire qui pèse sur la mère – d’être bonne et disponible, toujours, en tout temps -, la narratrice se retrouve enfermée dans une certaine idée de la maternité, une mère qu’elle n’a pas eue étant enfant et qu’elle veut être pour les siens.

Perte de repères

L’amour qu’elle porte à ses enfants en devient douloureux à force d’impuissance. Elle voudrait pouvoir toujours être celle dont ils ont besoin, mais ne s’en sent pas toujours capable, et doit creuser au plus profond d’elle-même pour trouver la force et l’énergie de faire face à l’inquiétude de les perdre, de mal faire, de faire tout simplement. Les moments de douceur et de partage avec ses enfants sont précieux et la sauvent.

« Même si leur peau est douce, même si leur cou invite aux baisers, même si j’ai le vertige de les regarder grandir, je suis comme déracinée, égarée dans un voyage que je n’ai pas choisi. Je suis sommeil silence repos en manque, écrasée d’impératifs maternels. »

La notion de choix revient tout au long du roman de Virginie Noar, associée à celle de la culpabilité : comment accepter de ne pas pouvoir, de vouloir sans réussir, et de survivre. La mère est vide et ne se remplit que de ses enfants, et de la solitude qui les entoure. Elle s’est perdue, en tant que femme, et n’est finalement plus que mère. Face à une mère qui ne faisait pas de place à sa fille, elle lutte pour trouver son propre équilibre. Et c’est bien là le propos de Virginie Noar : les conditionnements qui pèsent sur les mères – et les normes qui pèsent sur les corps des femmes – les empêchent de prendre leur envol, d’être elles-mêmes, multiples et diverses.

La nuit infinie des mères est finalement le récit d’une femme paralysée par la peur et le poids de la société, seule, infiniment seule, et remplie de l’amour qu’elle porte à ses enfants. Un roman de l’apprentissage et du retour vers soi.

« La nuit infinie des mères », Virginie Noar, Editions François Bourin, 224 pages, 19€

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