Pour son nouveau documentaire, « Helmut Newton, l’effronté » Gero von Boehm dresse le portrait du photographe Helmut Newton, homme pétillant et fervent d’humour. A travers les témoignages des femmes qui ont travaillé avec lui dont Charlotte Rampling, Catherine Deneuve ou encore Isabella Rossellini, le réalisateur fait vivre les souvenirs amusés d’un des plus grands photographes du XXe siècle.

Né en 1920, enfant sous l’Allemagne nazie, ayant fui l’Europe pour l’Australie en 1938, Helmut Newton est un des photographes de mode les plus célébrés au monde. Il a photographié sans relâche des femmes, et a proposé à travers ses photographies sa vision de « la femme forte ». Tandis que ses oeuvres ont marqué nos représentations du corps féminin, c’est au tour de ces femmes de proposer leur vision d’Helmut Newton et de son travail.

© Helmut Newton Estate Courtesy / Helmut Newton Foundation

Helmut et les autres

Helmut Newton est un homme à la carrière immense, dont l’enfance et la vie privée ont marqué sa pratique de la photo. Le documentaire est traversé par une grande diversité de thématiques, qui permettent de montrer le photographe dans toute sa réalité la plus complète. Avec ses images, Gero von Boehm donne à voir son obsession du travail, son enfance berlinoise, l’impact des mesures nazies sur la famille Newton, mais aussi l’influence de l’imagerie nazie sur sa pratique de la photographie.

On le découvre à travers les récits des femmes ayant travaillé avec lui : Claudia Schiffer, Charlotte Rampling,Marianne Faithfull ou encore Grace Jones. Mais aussi à travers le récit de June Newton, sa femme avec qui il travaillait étroitement durant toutes ces années.

©Pierre Nativel, LUPA FILM

Documentaire ou hommage ?

Fidèle ami du photographe, Garo von Boehm signe un documentaire le présentant sous une multiplicité de visages – obsessionnel, drôle, fou de travail, irrévérent. Et pour cela, il s’appuie essentiellement sur les témoignages de femmes qui l’admirent et le respectent.

Or, Helmut Newton a provoqué et parfois choqué. Comme on le découvre dans le documentaire, une archive d’un échange entre Helmut Newton et Susan Sontag, dans l’émission Apostrophes, est intégrée. Un extrait dans lequel Susan Sontag y affirme que les photographies de Newton sont misogynes. Mais si le documentaire soulève l’ambiguïté des travaux de l’artiste, on peut regretter qu’il ne s’appuie uniquement, à l’exception de l’archive avec Sontag, sur des témoignages de proches d’Helmut Newton.

« Helmut Newton, l’effronté » donne à travers ces images et ces témoignages, l’impression d’un hommage plus que d’un documentaire. Sans avoir besoin d’une œuvre qui statue de la misogynie avérée du travail d’Helmut Newton, la contradiction aurait pu être poussée plus loin. Ainsi, le réalisateur laisse un goût d’inachevé à son public.

© The Helmut Newton Estate / Maconochie Photography

Une perception nouvelle des femmes ?

« Helmut Newton aimait les femmes fortes », c’est une notion qui revient à plusieurs reprises dans le film. Il est vrai que le photographes choisit des femmes, des modèles à la plastique parfaite, et souvent nues. Face aux accusations de misogynie, le documentaire affirme qu’en réalité Helmut Newton dépeint une autre facette des femmes, celle de la puissance.  Mais jamais cependant le film n’interroge la perception des critères féminins requis par Helmut Newton : la femme Newton est puissante si elle est Grace Jones ou Claudia Schiffer. 

« Helmut Newton, l’effronté » est une œuvre riche et plaisante, qui dresse le portrait d’un Newton sympathique, au destin et à l’audace incroyables. Et si l’on regrette néanmoins  l’absence de critique, on est happé.es par la force du portrait qu’il dresse.

« Helmut Newton, l’effronté », de Gero von Boehm, sort le 14 juillet.