Elle est César du meilleur espoir féminin en 2020 pour Papicha, il est rôle principal dans Gagarine, son premier film, dans lequel il joue Youri, un jeune homme qui se voit contraint de quitter la cité Gagarine où il a grandi parce qu’elle va être démolie. Avec nous, Lyna Khoudri et Alséni Bathily reviennent sur leur expérience de tournage, leurs rôles, et leur impression de la cité Gagarine.

« Gagarine » est une fiction qui raconte l’histoire d’un jeune homme de 16 ans, Youri, qui s’accroche à la cité dans laquelle il a grandi, qui va être démolie. Au fur et à mesure que la cité se vide, il se prend à rêver et à penser les derniers instants de cette cité comme un voyage dans l’espace.

Qu’est-ce que vous préférez, chez vos personnages ? Pas forcément ce à quoi vous vous identifiez, mais ce que vous aimez chez eux.

Alséni Bathily : Chez Youri, je pense que c’est sa discrétion…

Lyna Khoudri : Ah, c’est dur…

A.B : Bah, Diana elle est novatrice un peu.

L.K : Novatrice ? Ouais… Toi t’as dit la discrétion… Je dirais qu’elle est pleine de vie, elle est solaire.

C’est un film sur l’appartenance et l’ancrage à un espace. Est-ce que ça vous a parlé direct à tous les deux ? Qu’est-ce que la cité en elle-même vous a parlé quand vous avez commencé à tourner ?

L.K : En fait, quand je découvre la cité pour la première fois, c’est pour le film. Je ne la connaissais pas avant, et on est tout de suite un peu fascinés. C’est un objet assez fou, très grand, dans un style très communiste, il y a un truc d’un autre temps dans cette architecture.

Et après il y a tout ce qui nous ramène à l’aspect social : c’est un quartier populaire, c’est beaucoup de logements. Donc il y a tout ça, que tu te prends en pleine face la première fois. C’est un territoire comme on en connaît plein, parmi les quartiers populaires. J’ai grandi dans un quartier populaire à Aubervilliers, donc ça y ressemble mais pas vraiment. Il ne faut pas faire de raccourcis, mais il y a un truc qui me ramène à ce que j’ai vécu dans ma jeunesse.

A.B : Je ne connaissais pas du tout la cité avant, mais mon père y avait déjà habité, dans les alentours. Je n’ai pas trop d’histoire avec cette cité mais je sais un peu ce que ça fait, de perdre sa cité. J’habite entre deux cités et il y a un bâtiment qui a été démoli, ou bien ils ont viré tout le monde, mais du coup j’ai déjà vu ces histoires.

Lyna, il y a un peu cette question-là dans Papicha, de l’appartenance à un territoire. Est-ce que c’est quelque chose qui vous attire ?

L.K : Je trouve que c’est noble comme sentiment, d’être fidèle à d’où on vient. Je suis un peu comme ça dans ma vie, je suis fidèle aux gens avec qui j’ai grandi, ma famille, les gens avec qui je travaille. J’aime bien me sentir entourée de ma famille, que je me suis créée ou que la vie m’a donnée mais ouais y a un truc comme ça.

Par contre le personnage de Diana il a envie de partir !

©Hautetcourt

C’est quoi votre vision des « dernières forces » qui animent l’espace lorsque la cité commence à être démolie, qui fonctionnent de manière particulière ensemble ; à savoir les personnages de Youri, Diana, le personnage de Finnegan Oldfield, et les ouvriers ?

A.B : Pour moi c’est un peu comme les derniers survivants. C’est une petite aventure où on vit ensemble, on danse. A ce moment-là c’est clair que c’est une aventure à trois. J’ai fait des choses dans ma chambre, j’ai tout modifié, j’ai fait une vraie capsule, on a l’impression qu’on va embarquer dans un vaisseau spatial et se propulser quelque part.

A quoi ça ressemble à quoi en vrai sur le tournage, celle capsule ? Elle existe pour de vrai ?

A.B : Ah oui, il n’y a pas d’effets spéciaux, le travail de la déco est incroyable et c’est pour ça, là, je le dis c’est un travail d’équipe, tout le monde a été présent sur ce projet. Le décor est impressionnant, on n’a pas l’impression d’être dans une cité, on a l’impression d’être dans un endroit vraiment « contrôlé » quoi.

©Hautetcourt

Qu’est-ce qui fait que vous avez choisi ces rôles-là ?

L.K : Moi c’est l’histoire qui m’a plu, et c’est la première fois que je lis ou que je vois une histoire qui se passe en banlieue et que la banlieue n’est pas un sujet. C’est juste là, on parle de ces gens comme on parle de n’importe qui. Même les rôles ne sont pas clichés, on raconte l’histoire de ces jeunes, ils pourraient être dans un bâtiment à Paris, n’importe où. Là ils sont dans une cité, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est ce que le personnage de Youri traverse, c’est ses rêves, c’est cette histoire entre lui et Diana, ses amis, sa maman. On en oublie presque qu’on est dans un quartier populaire.

A.B : Je suis d’accord avec elle. Quand j’ai lu le scénario, et pendant les essais, j’en apprenais un peu plus sur le personnage et je commençais à me dire qu’il y avait vraiment quelque chose autour de lui, de spécial.

Ce que j’ai aimé c’est le contraste entre son rêve et la réalité qui le rattrape, il est enfermé dans quelque chose qui le bloque, mais lui, il ne le voit pas. Les gens à l’extérieur le voient mais lui, se pense rassuré, il pense que c’est une bulle de sécurité. C’est ça qui m’a plu dans ce personnage, où je me suis dit que ce serait vraiment chouette de l’incarner.

C’est quoi votre rôle de rêve ?

L.K : Un superhéros. Tout à l’heure il disait qu’il me verrait bien en Wonderwoman et que moi je le verrais bien en prêtre ou en gangster. Je lui disais qu’il me faisait beaucoup penser à Denzel Washington qui peut mettre n’importe quel costume et ça le fait.

A.B : C’est grand de dire ça quand même, c’est ouf.

Ca fait quoi de tourner avec deux réalisateurs.rices ?

L.K : Ca va parce qu’ils sont assez raccords, en symbiose, et c’est cool d’avoir deux regards, c’est sympa. Alséni c’est son premier film mais il est très pro, j’ai beaucoup appris de lui.

A.B : Déjà le fait qu’ils soient très raccords, ça fait qu’ils m’expliquaient les choses, comme une seule personne me l’expliquerait, et de façon très pro. Donc j’écoutais bien les instructions, tout était bien détaillé, c’était vraiment une partie de plaisir, ça m’a facilité la tâche.

Du coup c’est une belle expérience ?

A.B : Bien sûr ! Déjà vivre ça avec des actrices comme Lyna, des acteurs comme Finnegan, Jamil, Farida… et tant d’autres, avec toute l’équipe qui a été superbe avec moi, franchement, ça fait une très bonne expérience, et je pense que c’est ça qui m’a aidé à jouer, car il y avait vraiment un échange et une entraide qui faisait que tout était plus facile.

LK : Oui, c’était une super expérience, c’est un film qui s’est fait avec beaucoup d’amour, de bienveillance, de partage, c’est une douceur ce film.

Gagarine, de Fanny Liatard & Jérémy Trouilh, sortie le 23 juin.

Notre critique ici.