Pour la cinquième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Indices, Zadie Smith

Avril 2020. Alors que la pandémie contraint la population mondiale à rester enfermée chez elle, Zadie Smith prend sa plume, elle aussi, pour analyser ce temps singulier qu’elle traverse. L’auteure vit à New York avec sa famille, et dans ces six extraits, elle livre sa version du confinement, ses réflexions sur le monde dans lequel nous vivons et comment on en est arrivé là, fatalement.

Ces indices donnés par l’auteure sont multiples, par la forme et par le fond. Cela part autant d’une chanson, des actualités ou bien de ce que Zadie Smith aperçoit par la fenêtre de chez elle. Ce temps qui lui est donné, elle en fait une source de réflexion. Ce sont autant d’interrogations sur notre société que sur notre rapport aux autres.

A la fois poétique et très étudié, Zadie Smith ne se laisse jamais aller à la nostalgie facile dans ses essais. Il ne s’agit pas de se lamenter sur son sort ou bien de se laisser aller à la description d’un oiseau qui passe mais d’analyser le quotidien bousculé par cet événement hors normes, ses causes et ses connaissances.

Un court récit qui nous pousse à la réflexion mais aussi à la contemplation du talent de Zadie Smith.

« Indices », Zadie Smith (traduction de Silka Fakambi), Editions Folio, 144 pages, 6,60€

Un jour avant Pâques, Zoyâ Pirzâd

Edmond grandit dans une petite ville iranienne, à la très forte population arménienne, minorité dont il est également issu. Il vit en face de l’école arménienne, partage ses séances de jeu avec Tahereh, « la fille du concierge musulman », dans la cour de l’école ou dans le cimetière à côté. Edmond n’est pas celui que son père voudrait qu’il soit : il est réservé, sensible et fait la collection d’objets quand son père voudrait qu’il aille à la chasse et casse tout autour de lui…

Nous entraînant à la suite d’Edmond au cours de trois époques de sa vie, Zoyâ Pirzâd signe un plaidoyer contre l’intolérance – intolérance religieuse des Arméniens envers les Iraniens, intolérance morale d’une génération qui ne comprend pas que les traditions évoluent, intolérance de genre qui voudrait qu’une femme sache cuisiner et tenir sa maison, et qu’un homme soit dur et ne pleure jamais.

Court roman sensible, comme toujours avec Zoyâ Pirzâd, Un jour avant Pâques semble être encore plus intime que d’autres pour l’autrice iranienne, elle aussi Arménienne. Elle nous donne encore une fois à voir une société multiculturelle, où le souvenir et la nostalgie ont toute leur place, et où les goûts – d’une limonade qu’on n’aime pas – et les couleurs – des pensées plantées chaque année – ont la plus grande importance.

« Un jour avant Pâques », Zoyâ Pirzâd (traduction de Christophe Balaÿ), Editions Zulma, 144 pages, 9,95€

Fleishman a des ennuis, Taffy Brodesser-Akner

Toby Fleishman divorce. Médecin de 40 ans, qui vit à Manhattan et père de deux enfants, Fleishman n’est pas un homme qu’on remarque ; pourtant ce célibat retrouvé après une vingtaine d’années de mariage avec Rachel, semble le raviver. Cependant, cette liberté nouvelle tourne court quand son ex-épouse disparaît.

Avec un roman dense, Taffy Brodesser-Anker nous plonge dans une aventure haletante dans Manhattan. Drôle et sérieux à la fois, ce qui semble une fable humoristique sur la disparation mystérieuse de Rachel est aussi une longue réflexion sur le divorce, la quarantaine et ses désagréments. Raconté par une amie de Toby, Libby, les points de vue qui s’alternent au cours du roman rythment notre lecture.

Toby, ses enfants et Rachel nous entraînent dans une histoire rocambolesque, drôle et divertissante. On ne s’ennuie pas dans ce long roman que l’on parcourt avec beaucoup de plaisir. Parfait à emmener avec nous à la plage ou bien à la terrasse d’un café au soleil cet été. Drôle et subtil, Taffy Brodesser-Akner nous régale.

« Fleishman a des ennuis », Taffy Brodesser-Akner (traduction de Diniz Galhos), Editions J’ai Lu, 608 pages, 9,10€