Pour la quatrième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

 LaRose, Louise Erdrich

Dakota du Nord, 1999. La chasse au cerf – qui annonce l’entrée dans l’automne – a sonné. Landreaux Iron, un indien Ojibwé, est impatient d’honorer la tradition. Mais un malheur est proche : touché, Dusty le fils de son ami et voisin, s’effondre devant lui. Après cet accident de chasse, ce père qui a accidentellement tué ce fils, se voit dans l’obligation de “donner” son petit garçon de six ans à la famille en deuil, comme le veut la tradition amérindienne. 

A travers l’histoire de LaRose, l’auteure nous invite dans le passé. Rapidement, le récit mêle passé et présent, morts et vivants, grande histoire et petite histoire. Ce drame nous laisse découvrir une tentative de réparation et nous dévoile un vaste contexte autour d’une histoire familiale portant sur six générations et un siècle et demi d’histoire. 

Dans ce nouveau livre, Louise Erdrich apporte un nouveau regard sur le monde et un point de vue novateur sur un peuple résilient, qui a survécu à un génocide. A la frontière avec le Canada, en territoire Ojibwe, on découvre comment deux familles, d’un même peuple se sont organisées pour ne pas sombrer dans la vengeance, à l’aide d’une vieille coutume de réparation.
Un très beau livre – qui au travers d’une multitude de personnages tous amérindiens – évoque toute la souffrance d’un peuple à qui on a forcé l’assimilation à la culture blanche.

« LaRose », Louise Erdrich (traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez), Edition Livre de Poche, 576 pages, 8,70 euros

Le voile de Téhéran, Parinoush Saniee

Massoumeh est une jeune femme qui rêve d’émancipation dans l’Iran des années 60. Libre et déterminée, elle voudrait étudier et voyager. Seulement, cette ambition est contrariée par un mariage arrangé par ses parents : à 17 ans, elle est mariée à un homme qu’elle n’a jamais vu, Hamid. Ce mari est un activiste communiste qui voue sa vie à la lutte contre le Shah. Mais ce mariage n’entame pas la détermination de Massoumeh. Elle ne se satisfait  pas de sa condition de femme dans ce pays qui se déchire et dans lequel la condition de la femme rétrograde de jour en jour.

Dans un pays déchiré, Parinoush Saniee nous livre un portrait vibrant d’une femme forte et intelligente. Mariée de force avec un homme qui ne veut pas d’elle mais dont elle ne veut pas non plus, Massoumeh incarne la force des femmes dans un pays à feu et à sang. Un long roman qui s’étale sur 40 ans, une histoire de famille, celle de Massoumeh, ses parents puis ses enfants mais aussi celle d’un pays. On découvre autant l’histoire des femmes en Iran que les combats qui ont détruit ce pays.

Un roman flamboyant et dont on ne peut se détacher.

« Le voile de Téhéran », Parinoush Saniee (traduit de l’anglais par Odile Demange), Editions Points, 624 pages, 8,90 euros

By the rivers of Babylon, Kei Miller

Ma Taffy est aveugle mais elle sent. Elle sent les présences, elle sent les événements, elle sent les catastrophes qui arrivent. Et ce jour-là, quand son petit-fils Kaia rentre de l’école, elle sait que quelque chose d’affreux est arrivé. Et c’est quand elle pose sa main sur sa tête qu’elle comprend tout à fait : on lui a coupé ses dreadlocks. En ce jour de 1982, à Augustown, en Jamaïque, le pire sacrilège des rastafari s’est produit. Ne peuvent suivre que des malheurs.

By the rivers of Babylon nous emmène à plusieurs époques de la Jamaïque, dans les souvenirs de deux femmes, Ma Taffy et Gina, sa fille. On y découvre la mystique rastafari, les origines de cette religion, mais aussi la discrimination dont ils sont victimes au quotidien. Au toucher du crâne nu de son petit-fils, Ma Taffy se remémore l’histoire autour de cet autre homme qu’elle connaissait et à qui la même chose est arrivée, des années plus tôt. Et à sa suite, c’est l’histoire de cette religion qu’elle nous raconte : quand Augustown avait attiré tout le pays découvrir le miracle du Prêcheur volant, Alexander Bedward.

Sur fond de discriminations raciales et sociales, Kei Miller nous confronte aux difficultés de ceux qui ne voulaient que survivre face à un système qui les broie, et qui tenteront de se défendre – par le feu et par le sang – face au plus grand affront qui ait pu leur être fait.

« By the rivers of Babylon », Kei Miller (traduit de l’anglais par Nathalie Carré), Edition Zulma poche, 256 pages, 9,95 euros