Pour la troisième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

Voir du pays, Delphine Coulin

Aurore et Marine, deux amies, reviennent d’Afghanistan. L’une a été blessée physiquement, l’autre a vécu un traumatisme psychique. Amies depuis l’adolescence, elles rêvaient d’un avenir ensemble, où il serait simple de vivre comme elles le veulent. D’un milieu modeste, d’une ville de taille moyenne, elles décident – comme les garçons – de s’engager dans l’armée. Elles veulent s’émanciper, quitter leurs familles, elles n’ont pas beaucoup de choix. Mais avant tout, ce qu’elles veulent c’est prouver qu’elles peuvent être égales aux hommes.

Après six mois de conflits, de tension, d’horreur, elles vont passer trois jours dans un hôtel à Chypre, et passer dans un « sas de décompression ». Trois petits jours pour réapprendre à vivre, oublier la guerre grâce à des cours de gym, des soirées arrosées, des visites culturelles et des séances de débriefing.

Delphine Coulin, à travers sa plume, parvient à nous faire ressentir les tourments du corps et de l’esprit de ces deux héroïnes. Ce roman puissant se focalise sur les séquelles de la guerre, rarement abordées, l’aspect psychologique, les traumatismes sur fonds de souvenirs intenses et sanglants. Un très beau récit, passionnant et bouleversant ouvrant à la réflexion la réalité de ces femmes soldats encore trop peu considérées.

« Voir du pays », Delphine Coulin, Edition Livre de Poche, 264 pages, 6,60 euros

Rouge Brésil, Jean-Christophe Rufin

Connaissez-vous l’histoire de la conquête du Brésil par les Français ? C’est l’un des épisodes les plus importants et surtout méconnus de la Renaissance. En 1554, Henri II demande à son ministre, l’amiral de Coligny, de mettre en place une expédition au Brésil dans le but d’établir des échanges commerciaux et d’y installer une colonie de protestants français. Le chevalier de Villegagnon y sera nommé commandant de flotte, et jettera l’ancre un an plus tard en Amérique.

Jean-Christophe Rufin raconte l’histoire de deux jeunes enfants, Just et Colombe, embarqués de force dans cette expédition pour servir d’interprètes auprès des tribus indiennes. Sur Serigipe, une petite île de la baie de Rio Janeiro, aidé des indiens autochtones, les colons bâtiront un fort. Mais les différences entre les membres de l’expédition, catholiques et protestants, compromettront vite la survie de la colonie. Ces tensions, qui se transformeront en véritable champs de bataille, conduiront à la reprise des terres par les portugais en 1560.

A travers les destins de Just et Colombe, Jean-Christophe Rufin signe un magnifique roman d’éducation et d’amour. Portraits et paysages offrent deux conceptions opposées de l’homme et de la nature. D’un côté, on fait face à la civilisation européenne qui se veut libératrice mais finira par être meurtrière. De l’autre, le monde indien que l’on découvre nous fascine par sa sensualité, son harmonie, son sacré mais surtout son bonheur permanent. Un classique à livre qui nous fera voyager dans le temps et découvrir cette incroyable expédition trop souvent oubliée.

« Rouge Brésil, Jean-Christophe Rufin, Edition Folio, 608 pages, 9,50 euros

Délivrances, Toni Morrison

Roman polyphonique passionnant, Délivrances nous fait plonger dans l’univers de Bride, jeune fille noire aux Etats-Unis, qui vient d’être quittée par Booker, son petit ami, et qui décide d’aller accueillir Sophia, jeune femme qui sort de prison. Quand cette dernière la repousse et la bat, Bride se retrouve en convalescence prolongée, obligée de céder sa place prestigieuse dans l’entreprise de cosmétique pour laquelle elle travaille à sa meilleure amie, et forcée de réfléchir sur elle-même. A travers les chapitres successifs qui donnent la parole à Bride, à sa mère ou à Brooklyn sa meilleure amie, le lecteur découvre l’enfance difficile de cette jeune fille, rejetée par sa mère parce qu’elle était trop noire, la beauté que lui confère sa couleur si particulière, et l’usage qu’elle en a fait.

Le vide affectif laissé à Bride par le rejet de sa mère, les humiliations répétées, et la superficialité dans laquelle elle s’est réfugiée font d’elle un personnage fascinant et attachant, qu’on ne comprend pas toujours mais pour lequel on ne peut s’empêcher de ressentir de la pitié. Toni Morrison, prix Nobel de littérature récemment disparue, expose avec merveille le racisme ambiant, la solitude et l’égocentrisme de ces personnages qui évoluent les uns avec les autres, mais ne cherchent souvent pas à se comprendre réellement. Le viol et la pédophilie comme fils rouges du roman rajoutent de la cruauté au récit d’une société qui rejette, abandonne et broie. Un roman qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des pages.

« Délivrances », Toni Morrison, Editions 10/18, 192 pages, 7,90€