Après La vie sexuelle des orchidées de Sofia Teillet, le 104 présente une nouvelle pièce du collectif l’amicale, Elles vivent (Feu De Tout Bois) d’Antoine Defoort. En tournée.

Sur le papier, le projet s’annonce loufoque voire abscons. Comment cette pièce peut réussir à nous parler de magie paradoxale, de sylvothérapie, de l’effet placebo, de Pokémons logomorphes, des modalités du débat démocratique, et tout cela dans un futur proche où l’on use de mnéprojecteur pour permettre à autrui de parcourir ses souvenirs ? Eh bien tout simplement grâce à beaucoup d’inventivité, d’humour et de communication.

Tout commence par l’usage d’une médiatrice faisant lien entre la fiction et le public. Elle prépare ce dernier en définissant les concepts abordés et les trucs et astuces utilisé.e.s dans le spectacle. C’est drôle, et en même temps cela nous amène malignement sur le terrain méta-théâtral. La pièce, du moins l’histoire, débute comme un présentation-test d’un nouvel appareil technologique. Taylor propose à son ami Michel, fraichement sorti d’une méditation profonde de deux ans, de lui faire vivre ses souvenirs plutôt que de lui raconter. Tout en dévoilant peu à peu les prouesses techniques de son mnéprojecteur, faisant passer Michel de spectateur à acteur, Taylor présente les débuts de la « Plateforme Contexte et Modalité », sorte de parti politique s’intéressant davantage aux cadres de la rencontre des idées qu’à ces dernières. Vous reprendrez bien un peu de méta ?

Abîmé.e.s par et dans la pièce, à la poursuite de questions de surfaces concernant les dispositifs d’annonce et les contextes de réception, les spectateur.rice.s nagent dans une eau de plus en plus trouble où la forme rejoint progressivement le fond. Ainsi le calme, l’écoute et la considération dont les membres de la Plateforme font preuve lors d’un débat face à leur adversaire politique, n’en disent-ils pas plus sur la façon qu’il.elle.s auront de gouverner ? Il n’empêche, le PCM manque d’idées claires et impactantes aux yeux du système médiatique. Et si en partant d’une analogie avec l’effet placebo qui révèle que malgré l’absence de substances actives, le corps produit ce à quoi l’esprit s’attendait, les idées, elles aussi, une fois pensées, existaient ? Suffirait dès lors d’aller à leur rencontre pour mieux les comprendre et les développer les unes par rapport aux autres. Magie ? Religion ? Fumisterie que tout cela ? Il n’empêche qu’il se passe quelque chose sur  scène et que les esprits, amusés, n’en sont que plus stimulés.

Dans un monde où les idées ont une incidence réelle, et où les femmes et les hommes semblent n’en être que les médiums, Elles vivent (Feu De Tout Bois) invite à repositionner notre attention sur celles-ci afin d’en saisir toutes les possibilités et limites. Alors que la course à la présidentielle en France est lancée, cet exposé humoristico-politico-scientifique d’Antoine Defoort rappelle avec sagacité que le débat, salutaire et joyeux, est le fondement de toute aspiration démocratique. On en sort ragaillardi.e.s.

« Elles vivent (Feu De Tout Bois) »
Conception Antoine Defoort
Collaboration artistique Lorette Moreau
Avec Sofia Teillet, Alexandre Le Nours, Antoine Defoort et Arnaud Boulogne
Vu au 104, Paris. En tournée au Bateau Feu à Dunkerque les 24 et 25 mars, au Carré-Colonnes de Saint-Médard-en-Jalles du 6 au 8 avril, Kaai Theater Bruxelles le 16 et 17 juin.