La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !
Manhattan Project, Stefano Massini
A la vue du sujet du livre, on ne s’attendait certainement pas à cette forme : tout le roman est rédigé en vers libres. Et quelle force cela lui donne ! En effet, le rythme et les formes de répétitions propres aux codes de ce style littéraire ne font que renforcer le propos de ce roman de Stefano Massini.
Nous sommes en 1938, aux côtés de scientifiques juifs hongrois qui ont fui vers les Etats-Unis. Ils sont physiciens et ils travaillent sur le nucléaire - ce qui ne s’appelle pas encore le Manhattan Project et qui conduira à l’invention de la bombe atomique. Et bien qu’ils soient persuadés de la nécessité d’empêcher Hitler d’obtenir cette arme qui changerait à jamais la face des guerres, ils s’interrogent sur le bien-fondé de travailler eux aussi à son invention…
Entre celui qui avait le don du calme, celui qui ne voulait pas défaire sa valise ou encore celui qui n’était pas tenu en laisse, Stefano Massini nous plonge, avec poésie et non sans une forme d’humour, dans une course contre la montre.
Critique rédigée par Mathilde Ciulla
Mon oncle de Brooklyn, Paula Jacques
Septembre 1989, la tension est palpable à New York. Un jeune homme noir vient d’être assasinné, des emeutes paralysent la ville et l’Afro-Américain David Dinkins brigue la mairie. De son côté, Toni Morrison, récompensée pour Beloved, est au sommet de sa gloire. Et c’est elle, qui attirera Eva, une jeune journaliste française, sur les terres américaines afin de l’interviewer. Poussée par sa mère, elle finit par rendre visite à son oncle, récemment frappé par la perte tragique de son épouse, morte dans l’incendie de leur maison.
Avec Mon oncle de Brooklyn, Paula Jacques mêle avec finesse l’intime et le social, à travers le portrait d’une époque effervescente : celle d’un New York marqué par les tensions raciales, les luttes politiques et la montée en puissance de voix célèbres. A travers le regard de la jeune journaliste française, l’autrice tisse une histoire où se croisent le deuil, les liens familiaux et le poids souvent écrasant des héritages affectifs et culturels.
Un récit d’une profonde humanité, empreint de mélancolie et d'espoir, et où chaque personnage se débat avec ses propres pertes et ses propres aspirations à recoller les morceaux d’un passé révolu.
Critique rédigée par Marie Heckenbenner
"Mon oncle de Brooklyn", Paula Jacques, Editions Folio, 352 pages, 9,40 €
Trois femmes disparaissent, Hélène Frappat
De façon ludique et décalée, voire meme parfois décousue, c’est bien une enquête que nous propose Hélène Frappat dans ce livre : une détective - l’autrice elle-même ? - part à la recherche de trois femmes de cinéma qui ont marqué leur époque et qui sont peu à peu tombées dans l’oubli. Et il s’avère qu’elles sont également mère, fille et petite-fille !
Tippi Hedren a été l’une des actrices fétiches d’Alfred Hitchcock, notamment personnage principale des Oiseaux… Tellement fétiche qu’il a tout fait pour qu’elle ne tourne pas avec d’autres réalisateurs tout en organisant une forme de séquestration de l’actrice qui se refusait à lui. L’autrice s’arme notamment des mémoires de Tippi dans lesquelles elle raconte le quotidien des tournages mais aussi les projets qu’elle a mené tout au long de sa vie après avoir disparu de nos écrans. Hélène Frappat s’intéresse également aux carrières de Melanie Griffiths et de Dakota Johnson, respectivement fille et petite-fille de Tippi Hedren, et qui ont elles aussi eu leur heure de gloire avant d’etre délaissées.
A travers ces trois destins, l’autrice présente une industrie cinématographique qui écrase les femmes, les utilise à l’écran puis les jette. D’une certaine manière, elle rectifie pour ces trois femmes des situations d’emprise et de violence et rappelle à notre mémoire l’existence de ces actrices formidables !
Critique rédigée par Mathilde Ciulla
"Trois femmes disparaissent, Hélène Frappat, Editions Babel, 192 pages, 7,90 €
Le chant de l'assassin, R.J Ellory
Après trois ans passés en prison, Henry Quinn sort avec une mission que son codétenu lui a confié : remettre une lettre à sa fille Sarah qu'il n'a jamais connu. Le jeune homme se rend donc dans la petite ville de Calvary dans le West Texas, ville natale d'Evan Riggs le codétenu d'Henry, où son frère Carson Riggs, shérif de la ville règne en maitre. Ainsi, face à une mission qui aurait pu paraitre des plus simples, Henry Quinn se heurte au frère revêche d'Evan qui ne semble pas prêt à vouloir l'aider, bien au contraire.
Dans ce thriller haletant, on suit tout autant l'enquête d'Henry afin de retrouver la fille de son ami prisonnier, que ce qui est arrivé à Evan Riggs pour finir en prison pour le restant de ses jours. Ellory retrace une histoire de famille, celle des Riggs et celle des Wyatt, qui sont liés aux Riggs. On découvre les deux frères et leur rivalité, les velléités de célébrité d'Evan face à un Carson bien décidé à faire sa vie à Calvary. Le roman se découpe ainsi avec un chapitre sur deux qui nous ramène aux évènements ayant conduit Evan à la prison. Face à cette histoire de famille, Ellory nous raconte la quête d'Henry, comment il va s'immiscer dans la vie de cette bourgade, quelle alliée il va rencontrer en la jeune Evie aussi.
Ce long roman policier nous conduit au coeur du Texas, où la vie n'est pas tendre pour ses habitants, encore moins dans les années 50 quand commence le roman. C'est aussi une histoire de terre, d'agriculteurs et de culte dans l'Amérique reculée. C'est aussi une histoire de famille et de ses secrets, comment ils peuvent la briser.
La frontière des oubliés, Aliyeh Ataei
“La frontière des oubliés”, comme son nom l'indique, revient sur les liens étroits entre l’Iran et l’Afghanistan, qui furent longtemps un seul et un même territoire. Dans ce récit, Aliyeh Ataei dévoile, à travers neuf récits entrelacés, le destin de ces âmes errantes, traversant une cette frontière, où tout se négocie - marchandises, opium, combustibles et même…vies humaines - et fait l’objet de marchandage.
De 1986 à 2017, l’autrice nous transporte dans l’intimité de femmes meurtries par la guerre, l’exil, toutes déchirées entre deux mondes qui les refusent. Silencieuses, ces femmes, filles, épouses ou mères, portent les traces des conflits incessants et le poids des chaînes invisibles de l’asservissement. Puisant dans sa propre fuite (elle aussi, enfant de la frontière afghane) pour rejoindre Téhéran, elle met en lumière les existences broyées de ces “frontaliers” qui naviguent entre deux terres, entre deux vies, mais sans jamais trouver refuge.
Entre la maladie de son père, les régimes de terreurs successifs, les talibans et les moudjahidines, mais aussi les conséquences des guerres entre l’Iran et l’Irak, Aliyeh Ataei rend un belle hommage à ces vies oubliées et à ces réfugiés qui tentent de subsister sur la fragile frontière entre l’Iran et l’Afghanistan.
Dans la belle demeure des Sorrier à Sorristown, un grand évènement se prépare, la jeune Maeve se prépare à épouser le major Rowland. La cérémonie se prépare dans la grande demeure, aux côtés de Maeve il y a ses frères, Roguey, l'ainé, qui pense surtout à ses chevaux et aux jeunes femmes alentours, puis Jer le plus jeune très attaché aux animaux du domaine. Ils vivent en harmonie dans ce domaine, riche et oisif. Mais alors qu'est ce qui va bien pouvoir troublé cela ?
On y découvre les préparatifs d'un mariage, les amours contrariés d'un frère ou encore la jalousie d'une amie.
Dans ce roman, on suit les préparatifs grandiloquents d'un mariage hors norme mais aussi la vie paisible de cette famille enfermée dans leur demeure qui rien ne semble pouvoir troubler. Les personnages comme toujours chez Molly Keane sont des archétypes de la société bourgeoise irlandaise, avec des tantes veuves et vieillisantes qui trainent dans le chateau, des jeunes femmes éthérées. C'est aussi un roman plutôt dôle car Molly Keane moque ces manières de vivre dans un monde où les aristocrates ont fait leur temps.
Ils sont aussi en poche :
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