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Théâtre : Le portrait de Dorian Gray au Lucernaire

29 février 2016, par Untitled Magazine

Thomas Le Douarec, fervent admirateur de « la plus grande pièce de théâtre que Wilde ait jamais écrite », propose au théâtre du Lucernaire sa cinquième adaptation du Portrait de Dorian Gray, roman paru en 1890 : Une pure merveille à la scénographie hypnotisante, aux jeux d'acteurs aussi débridés que maîtrisés et à l'atmosphère d'un velours délicieusement décadent...

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Un petit rappel de l'histoire : Dorian Gray, jeune dandy à la beauté hypnotique, développe une obsession maladive pour sa propre jeunesse après avoir entendu les nombreuses théories de Lord Henry, aristocrate philosophe et pervers, rencontré chez son ami le peintre Basil Hallward. Il fait alors le vœu de conserver sa jeune beauté, en contre partie de laquelle son portrait devra porter les marques de sa vieillesse et de ses péchés. Dorian Gray laisse donc libre cours à ses velléités hédonistes, qui le mèneront petit à petit à sa perte dans les bas-fonds infernaux du vice et de l'immoralité destructrice.

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« Bienvenue dans le cabaret des âmes perdues »... Un homme en kilt (Fabrice Scott) joue au piano un air d'une mélancolie déchirante, une jeune femme (Lucile Marquis) habillée d'un corset et de bottes à lacets chante lascivement « Il n'y a rien au monde que la jeunesse/ Merveilleuse, impossible promesse »... C'est ainsi que commence la pièce, dans une ambiance cabaret qui donne rapidement le ton 19e grâce aux costumes très réussis de José Gomez et met en place l'atmosphère sombre et collante d'un vice que les poudrières de l'artifice philosophique dissimulent à grand-peine. On enclenche fort le mécanisme de la perdition, le personnage de Lord Henry (brillant Thomas Le Douarec) étant introduit avant l'arrivée même de Dorian Gray, permettant au spectateur de mesurer le mélange d'ombre et d'esprit de sa réflexion qui imprègne la pièce : la scénographie de Thomas le Douarec s'illustre ici, puisque nombreuses sont les scènes où Lord Henry se tient derrière les autres protagonistes, scrutant la scène et la surplombant de son aura négative et pesante.

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Les décors sont simples mais d'une efficacité remarquable, mêlant canapé Louis XV et ombre métonymique des mats et cordes pour figurer une scène au port, et le jeu sur les lumières permet aussi bien de soutenir la juxtaposition de deux scènes que le basculement de l'innocence vers le vice. On pourrait reprocher à la pièce son académisme, notamment dans le choix de certains dialogues malheureusement assez attendu (dont le sempiternel « Le seul moyen de résister à la tentation c'est d'y céder »), mais Thomas le Douarec réussit pourtant à mettre en avant tout le piquant des dialogues de Wilde, scandés par des acteurs excellents : Thomas Le Douarec donne au personnage de Lord Henry toute sa profondeur cynique et sa causticité à l'anglaise, Arnaud Denis métamorphose ses traits avec souplesse et fait osciller délicatement son Dorian Gray entre lutte et abandon, Lucile Marquis est aussi convaincante en Sally fille de joie qu'en diaphane Sybil Vane et Fabrice Scott incarne à merveille le peintre Basil, déchiré entre hypnose surnaturelle et raison morale. Une mise en scène troublante, qui réussit à transmettre la si particulière atmosphère surnaturelle et feutrée d'un roman aussi hypnotique que gênant grâce, notamment, au talent de comédiens éblouissants : « Décidément, ce portrait est un chef-d'oeuvre ».

Le portrait de Dorian Gray Du 20 janvier au 3 avril 2016, du mardi au samedi à 20h et dimanche à 17h Au théâtre du Lucernaire (métro Notre-Dame des Champs)




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