Reprise d’une création de la chorégraphe Olivia Grandville, La guerre des pauvres vient d’être rejouée à la MC93. En tournée.
Le plafond est bas. Suffisamment bas pour que l’on puisse espérer le briser. Si ce n’est, plutôt, essayer de le réduire en miettes. Pour se faire, les corps doivent se lever, s’arracher au sol, se tenir droit au milieu d’une verticalité lumineuse. Les mots aussi peuvent aider à s’extirper, à consolider ses appuis, à tisser des liens. À faire la courte échelle, en somme. Ce sera d’ailleurs cette verve, qui, la première, ira à la rencontre de l’obstacle. Amorce d’une confrontation à laquelle les muscles se joindront bientôt.
La guerre des pauvres est cette bataille sans cesse rejouée à travers les siècles, les médiums, les représentations. Eric Vuillard a écrit ce court récit en 2019 en exhumant une vieille mais toujours recommencée révolte contre l’accaparement des richesses, l’autocratie, le népotisme. Autrement dit : les dominations de toutes sortes. Cinq siècles après les faits, ces maux s’entendent encore à travers la voix de Laurent Poitrenaux. Lui a le corps fixe derrière un pupitre mais ses paroles volent avec éclat sur les ondes de la musique jouée sur scène par Benoît Villeneuve et Benjamin Morando. Puis un corps se lève, glisse, rampe, saute, court, bouillonne, éructe en espagnol (Samuel Lefeuvre). Les forces en présence se font jour, s’ordonnent. Des armes par destination (cuillères et pains rassis) défilent. Un deuxième corps entre en scène, fruit de la même, vaste, histoire des injustices (Éric Windmi Nebie). Il se meut différemment mais avec cette même fougue libératrice, certain de son bon droit. Les mots, les sons, les gestes convergent vers un affrontement dont l’issue est d’ores et déjà dépassée par l’union qu’il a engendré.
Le plafond vibre, mais ne se pulvérise pas. Les lignes parallèles qu’il projette au sol ne sont qu’une vaine tentative de réaffirmer un ordre qui a vacillé. Demeure de chaque côté, dedans, dehors, sur le sol et dans les airs, des miettes ensemeuses d’agitations.
« La guerre des pauvres »
conception et adaptation Olivia Grandville
d’après La guerre des pauvres d’Eric Vuillard (éditions Actes Sud)
avec les danseurs Éric Windmi Nebie et Samuel Lefeuvre
lecture Laurent Poitrenaux
musique Benoît Villeneuve et Benjamin Morando
à La Coursive, La Rochelle du 4 au 5 février 2025, au Théâtre Vidy-Lausanne, Suisse, du 8 au 13 février 2025