Un roman de personnages qui tente de faire le lien entre la littérature et le cinéma dans la bouche d’un narrateur désabusé.
Un homme écrit un long scénario sur la vie d’Herman Melville, malheureusement aucun producteur n’en veut. Par l’intermédiaire d’un producteur parisien, il obtient le numéro du cinéaste Micheal Cimino. A partir de là s'enchaine une suite d’aventures plus rocambolesque les unes que les autres, un peu partout dans le monde.
Une comédie burlesque
Dans ce nouveau roman, Yannick Haenel nous livre l’aventure de son narrateur qui vit reclus dans son appartement du XXéme arrondissement de Paris. Une série d’aventures qui s’amorce avec l’écriture d’un scénario sur l’auteur de Moby Dick, Herman Melville. Un scénario qui le conduira de Paris au lac Nemi en Italie, en passant par New York et Strasbourg.
Comme les noms qui hantent le narrateur, ce roman est une succession de rencontres plus rocambolesques les unes que les autres. On y découvre un producteur boiteux, un dalmatien appartenant à un voisin fou de jeux ou encore une conservatrice jouant à Diane chasseresse. Autant de personnages qui accompagnent le narrateur dans un voyage initiatique aux côtés de Michael Cimino ou dans une ballade érotique dans le musée de la Chasse de Paris.
Promenade burlesque dont l’aboutissement serait simplement la vie ou la renaissance.
Une quête cinématographique
Si le maître à penser de Yannick Haenel est Herman Melville, celui du narrateur Jean Deichel (personnage récurrent de l’auteur) est Michael Cimino, réalisateur de Voyage au bout de l’enfer. L’auteur prête sa plume à une rencontre entre l’homme et le réalisateur où ce dernier « joue » un scénario, seul, devant Jean qui « voit » le cinéma dans ses actes.
C’est comme ça que l’auteur l’écrit : « j’avais assisté à la projection vivante de ce film qui n’avait besoin ni d’écran, ni de salle, ni d’aucune image : les images, c’était la voix qui les donnaient. »
Et, on y croise aussi Isabelle Huppert. Attablée devant un tartare, elle raconte une expérience de tournage dans une maison close au fin fond du Wyoming où se croisent un cheval nommé Visconti et Jean-Luc Godard. Mais que penser des visionnages à répétition de Apocalypse Now par le narrateur ?
Si « Tiens ferme ta couronne » est emprunté à Proust (et avant lui à Saint Jean), Haenel fait appel à la mythologie avec le personnage d’Actéon ou à la religion chrétienne via le mythe du daim blanc.
Le roman s’achève sur une ode funéraire devant le retable d’Issenheim avec pour but : la résurrection. Parcours initiatique d’un homme reclus, Yannick Haenel nous livre un roman burlesque autour de la quête de l’écriture.
Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, Gallimard, 352 pages, 20 euros