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Rentrée littéraire : "Tenir sa langue" de Polina Panassenko

19 septembre 2022, par Mathilde Jarrossay

Dans ce premier roman, Polina Panassenko pose la question essentielle de l'identité, cette identité qui nous est propre et qui dessine nos contours, cette identité qui commence par notre prénom. Ce récit raconte le combat de Polina pour récupérer son prénom de naissance. 

En 1993, après la chute de l'URSS, les parents de Polina prennent la décision de partir en France avec leurs deux filles. Arrivée à Saint Etienne, Polina devient Pauline. S'impose alors à la jeune fille deux vies : celle à l'intérieur de la structure familiale et celle au dehors, à l'école et avec les autres.

Vingt ans plus tard, Pauline décide d'entamer des démarches pour récupérer son prénom de naissance : Polina.  Ce récit est celui de son enfance en Russie et de son expatriation en France.

Une nouvelle vie

Alors qu'elle grandit dans un petit appartement communautaire à Moscou avec ses parents, sa sœur et ses grands-parents, la vie de Polina se retrouve bousculée par la chute de l'URSS. Tout ce qu'elle connaît de la récession, des produits alimentaires aux chants patriotiques, elle les laisse derrière elle avec ses grands parents.

"Dans le train, mon père me lit les aventures d'un certain Odysseï. Lui aussi voyage beaucoup. Il a des problèmes avec le père d'un cyclope à qui il a caché son vrai nom et il faut l'attacher quand il croise des sirènes. De temps en temps je m'endors. A chaque fois je me réveille dans un nouveau décor. Puis le train ralentit. Cette fois, c'est la bonne. La vraie France s'appelle Saint-Etienne." 

Comme un présage, l'histoire d'Ulysse qui ne dévoile pas son vrai nom au cyclope, dans ce nouveau pays, Polina va elle aussi cacher son prénom. Elle va aller à la maternelle, qu'ils nomment materneltchik en famille, où elle doit apprendre à n'utiliser que le français. Il y a la télévision, avec les pubs, les supermarchés et les grands magasins. Il y a aussi l'hostilité des autres enfants.

Du dédoublement à l'oubli

"Français sans accent ça veut dire français accent TV personnage principal. Accent Laura Ingalls et Père Castor. Accent Jean-Pierre Pernaut et Claire Chazal. Prendre l'accent TV c'est renoncer à tous les autres. Pas de cumul possible avec l'accent TV."

Polina Panassenko raconte comment elle a perdu peu à peu à l'école la lettre a de son prénom puis la francisation de son prénom. Il y a aussi cette double vie, entre l'école et Saint Etienne, puis il y a les étés en Russie. Elle y retrouve ses grands-parents et la Datcha qu'on veut leur enlever car ils ne cultivent plus leurs terres.

Ce récit est celui des deux vies, l'enfance en Russie puis celle en France. Polina s'adapte à son auditoire et s'imprègne de la culture française, en mangeant du poulet midi et soir, en regardant les dessins animés en allant au "Ochane". Peu à peu, elle sème ces bouts d'enfant russe.

"A la fin de l'année, je passe de Polina à Poline. J'adopte un e en feuille de vigne. Polina à la maison, Poline à l'école. Dedans, dehors, dedans, dehors."

Dans ce roman, Polina Panassenko rend ses lettres de noblesse à son prénom russe qu'on lui a enlevé. C'est un récit sur la mémoire et sur l'identité perdue pour être mieux retrouvée.

"Tenir sa langue", Polina Panassenko, Editions de l'Olivier, 192 pages, 18€




auteur
Passionnée de littérature depuis toujours, après des études d’édition, c’est finalement le spectacle vivant qui emporte Mathilde mais elle a toujours une bibliothèque conséquente. Elle écrit sur Untitled depuis 2017 dans la rubrique livre, autant de littérature contemporaine, française et étrangère mais aussi des sélections de livres jeunesse.


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