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Rentrée littéraire : “Comédie d’automne” de Jean Rouaud

23 octobre 2023, par Marie Heckenbenner

Alors kiosquier lors de l’obtention du prestigieux prix littéraire en 1990, Jean Rouaud raconte dans Comédie d’automne, les mois et les semaines qui ont précédé son prix Goncourt, reçu pour son roman Les champs d’honneur.

De kiosquier à écrivain

A 37 ans, Jean Rouaud tenait dans le 19ème arrondissement de Paris un kiosque à journaux. Une profession selon lui de “faible prestige”. Comme beaucoup de primo-romanciers, il n’avait pas d’autre ambition que celle d’être publié, et ainsi continuer son petit bout de chemin. “Combien d’articles annoncés attendaient toujours de paraître. Je n’étais qu’un parmi les centaines d’auteurs de la rentrée littéraire. Tout dépendrait de l’humeur des responsables des pages littéraires qui pouvaient jusqu’au dernier moment bousculer l’ordonnancement prévu pour faire la place à un petit dernier mieux en cour. Ma force, ou mon indifférence, ce qui dans ce cas revenait à peu près au même, c’est que je n’étais pas avide de ce type de reconnaissance médiatique”.

Mais avant même sa parution, le magazine Lire parle de l’écrivain, et évoque ce “premier roman de ce marchand de journaux”. Interloqués, d’autres journalistes se rendent sur place, ils veulent rencontrer ce kiosquier qui cherche à devenir écrivain. “Le Monde, pour gage de sa vertu, s’était d’abord intéressé au livre mais comme toutes les salles de rédaction, ça le démangeait de se rendre sur place et de vérifier si l’auteur était bien derrière son rempart de magazines”. Les rumeurs se propagent, les critiques s'enchaînent. Le style de Jean Rouaud plaît, jusqu’à lui permettre d’être l’invité de la première émission “Caractères”, qui succède à “Apostrophes” présenté par Bernard Pivot sur Antenne 2.

A travers des phrases simples et de petites anecdotes, Jean Rouaud conte sa vie d’avant, se remémore ses relations avec les habitués du kiosque, ses rencontres, mais aussi la frénésie médiatique des débuts et la plus grande décision qu’il dû prendre : quitter son kiosque pour se lancer dans la littérature. “De ce moment, je savais pas que je vendrais plus de journaux, que ma première vie s’arrêtait à cette proclamation de François Nourissier dans les salons du restaurant Drouant, qui était à la fois un acte de naissance et un faire-part de décès. Et ce que j’entrevoyais de ma vie future, passé les premiers étourdissements ne m’apportait aucune joie”. 

Une révélation littéraire

Avec Comédie d’Automne, Jean Rouaud signe un ouvrage d’un genre bien connu, mais encore assez rare. Peu de lauréats du prestigieux prix littéraire n’ont eu l’occasion (ou l’envie) de revenir sur cet épisode. Alors que son éditeur ne prévoyait qu’une vente à 350 exemplaires, l’auteur réalise un véritable exploit. Inconnu du grand public, il est encensé et rafle, sans même se trouver dans la première sélection des jurés, le prix Goncourt. Car il faut dire que ni lui, ni son éditeur, ni même son attachée de presse qui conseillait aux journalistes de “lire l’autre” ne l’ont vu venir. C’était sans compter sur le fait que Jérôme Lindon, alors patron des Editions de Minuit, n’avait fait parvenir le moindre exemplaire aux jurés du Goncourt. 

Mais voilà que ce nouvel écrivain dans la liste du Goncourt ne fait pas l’unanimité de tous. Car jusqu'alors, dans le petit monde de la littérature, les grandes maisons d’éditions (Gallimard, Grasset, Seuil) se sont - grâce à un jeu d’influence entre les membres de l’académie du Goncourt - partagé les prix entre eux. Et l’arrivée de Jean Rouaud ne viendra pas faire leurs affaires. “Comme vous êtes favori pour le Médicis, les jurés du Seuil au sein du Goncourt ont reçu de leur maison l’ordre de voter pour vous. Le Seuil n’ayant pas de candidat pour le Goncourt, mais un pour le Médicis, comme vous êtes le favori pour le Médicis, il faut que vous dégagiez la place, de sorte qu’en votant pour vous au Goncourt, on laissera la voie libre au candidat du Seuil pour le Médicis. Mais encore une fois, ce n’est pas une science certaine”.

D’une écriture simple, Jean Rouaud signe un livre plein d’anecdotes, ponctué d’intelligence et d’humour. Avec subtilité, il raconte les coulisses des prix littéraires et revient sur ses débuts d’écrivain.

comédie d'automne.jpg

"Comédie d'Automne", Jean Rouaud, Editions Grasset, 288 pages, 20,90 €




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Amoureuse des livres et dénicheuse de bons restos🍷 Journaliste et fondatrice d'Untitled Magazine. Pour la joindre : m.heckenbenner@untitledmag.fr


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