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La « pochothèque » mensuelle de la rédaction #32

27 octobre 2023, par Untitled Magazine

La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

Pile ou face, Catherine Colomb

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On s'ennuie dans la famille L. Elisabeth, épouse et mère, attend le retour de son mari, le repas est prêt et alors qu'il a quelques minutes de retard, elle regarde par la fenêtre... Et s'il ne rentrait pas ? Serait-elle plus heureuse, plus épanouie ? L'inactivité la pèse, l'ennui la gagne trop souvent. Mais le voilà qu'il apparaît au coin de la rue et la vie reprend son cours pour la famille L. Pour Thérèse, la fille aussi, la vie continue alors qu'elle a été quittée pour une autre par celui qu'elle aimait, et qu'elle se languit de lui. Que lui réservera la suite de sa vie ? Difficile pour elle d'y voir un quelconque espoir après ce chagrin d'amour.

Catherine Colomb, autrice suisse du XXe siècle malheureusement trop peu connue, plonge dans la vie de cette famille suisse normale, où l'homme ramène l'argent à la maison et compte chaque centime qu'il permet à sa femme de dépenser ; où la femme rêve à des activités propres, autre que de donner des ordres à la domestique qui ne lui convient jamais ; où la fille désespère de gagner son indépendance – pense-t-elle ! - grâce à un homme qui l'épouserait et l'aimerait enfin.

Un court roman tragique sur la société suisse de l'après-guerre, inspirée de la vie de l'autrice qu'on a plaisir à redécouvrir grâce aux éditions ZOE !

Critique rédigée par Mathilde Ciulla

"Pile ou face", Catherine Colomb, Editions ZOE, 208 pages, 10,30€

L'autre moitié du monde, Laurine Roux

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Espagne, 1930. Des dizaines de paysans se crèvent dans les rizières du delta de l’Èbre, exploités par Dona Serena, l’impitoyable Marquise et son mari. Parmi eux, Juan, Pilar et la jeune Toya. Tandis que Juan est aux rizières et Pilar dans les cuisines du château, Toya s’aventure dans les marais, s’émerveille et découvre la nature. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle préserver cette innocence ? 

Autour d’elle, dans un monde encore féodal, la société gronde. Tous, hommes ou femmes sont maltraités, méprisés, rejetés voire même agressés. Profondément attachés à cette terre et à leur communauté, ils s’entraident et sont solidaires dans le malheur. Mais poussés par les idées révolutionnaires du jeune instituteur et les injustices que leur font subir les propriétaires, les paysans souffrent, se rassemblent et tentent d’organiser une révolte. La guerre civile n’est pas loin, et elle ne sera pas seulement ouvrière et urbaine. 

Grâce à sa plume forte et sensuelle, Laurine Roux immerge le lecteur dans un monde âpre et violent et fait découvrir la vie d’une communauté rurale en Catalogne. Dans une Espagne où la grande et la petite histoire se répondent, l’auteure mêle images et descriptions et nous plonge dans un monde lointain, fait de paysage d’eaux, d’oiseaux, de rizières et de marais. Une nature luxuriante qui offre à Toya une enfance heureuse loin des malheurs des Hommes et où la guerre est prête à faire rage.

Critique rédigée par Marie Heckenbenner

"L'autre moitié du monde", Laurine Roux, Editions Folio, 256 pages, 8,70 €

Les maisons vides, Laurine Thizy

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Gabrielle est une grande prématurée, née au sein d'une famille aimante traumatisée par les premiers mois de vie de leur bébé. Mais la petite fille survit et grandit, très proche de son arrière-grand-mère Maria et de son tout petit frère Jean, et passionnée par ses entraînements de gymnastique sportive.

Le roman s'ouvre sur l'année de ses treize ans : Maria meurt et le monde autour de Gabrielle vacille. La force de ce bouleversement est magnifiquement rendue par la forme du livre de Laurine Thizy qui alterne entre trois récits qui se répondent : celui de la naissance de Gabrielle et de la peur de Suzanne et Peyo, ses parents ; celui de la vie sans Maria et de l'adolescence de Gabrielle, au cours de laquelle elle s'éloigne de sa famille, de sa passion et de tout ce qui semblait la garder en vie et saine d'esprit ; quelques passages de clowns en hôpitaux qui prendront au fur et à mesure leur importance.

Les maisons vides est le récit d'un mal qui grandit en Gabrielle en même temps qu'elle, de la difficulté d'être une adolescente, une survivante et une fille. Magnifique premier roman poignant de force, on a envie de serrer cette jeune fille dans nos bras en même temps que de la secouer !

Critique rédigée par Mathilde Ciulla

"Les maisons vides", Laurine Thizy, Editions Points, 272 pages, 8,50 €

D'audace et de liberté, Akli Tadjer

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Paris, 1947. Adam, un jeune Algérien, tient une tannerie avec sa compagne Elvire. Tandis qu’elle a dû abandonner ses rêves pour garder l’entreprise familiale suite à la disparition de son père dans les camps de concentration, lui a choisi de rester dans “son pays”, celui qui l’a enrôlé de force pour faire la guerre contre les Allemands. Ensemble, ces deux âmes blessées tentent d’avancer vers un avenir meilleur. Mais dans cette France où Adam est chez lui sans l’être, l’heure est aux doutes et aux incertitudes. Épris d’une soif de liberté, il rêve d’un monde meilleur pour sa terre qui l’a vu naître. Et alors que le climat politique commence à se tendre, chacun cherche ses racines et rêve d’un renouveau pour son pays. Mais Adam va-t-il pouvoir se reconstruire en France ? A-t-il un avenir auprès d’Elvire ? Loin de sa patrie, a-t-il un rôle à jouer pour la libérer ?

Après avoir conté les tribulations du jeune Adam sous l’Occupation dans D’amour et de guerre, Akli Tadjer nous embarque cette fois-ci dans la France d’après-guerre. Avec un style simple et plein de tendresse, l’auteur convoque des thèmes forts comme la colonisation, les prémices de la guerre d’Algérie, la Shoah… À travers une grande fresque humaniste, son personnage dénonce - sans aucune haine - le racisme et l'intolérance, fortement présents à cette époque en France. Alors qu’il fait voyager Adam entre l’Algérie, la Palestine et la France, Akli Tadjer signe un beau roman plein d’humanisme.

Critique rédigée par Marie Heckenbenner

"D'audace et de liberté", Akli Tadjer, Editions Points, 264 pages, 7,70 €

Ma part d'ombre, James Ellroy

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James Ellroy, le célèbre auteur de romans policiers américain, explore dans ce livre une part de son histoire personnelle. Celui qu'on surnomme the Dog est connu pour ses romans policiers où il met en scène un monde policier corrompu, où les enquêteurs sont aussi coupables que les criminels qu'ils recherchent tout autant que l'administration américaine. Mais ce roman retrace une enquête policière d'un autre genre : celle sur l'assassinat de sa propre mère en 1958. 

Construit en quatre parties, ce roman est à la fois une enquête mais aussi un témoignagne sensible et poignant de James Ellroy sur son parcours, de délinquant toxicoman à auteur à succès. Si la première partie se centre autour de l'enquête du meutre de Jean Ellroy, enquête qui piétine, écrit comme un roman policier dont Ellroy a le secret, la deuxième partie est une introspection de l'auteur - qu'est-ce que cela a produit sur l'enfant qu'il était ? La réponse pourrait être simple car il a développé presque une passion sordide pour les crimes non résolus de Los Angeles mais c'est une réponse plus prodonde qu'il apporte. L'homme analyse ses travers et relie les fragments de sa vie à cet événement. Les deux dernières parties renouent avec l'enquête tout en gardant un regard psychologique sur les faits. James Ellroy toute sa vie n'aura de cesse de chercher à résoudre le meutre de sa mère.

Roman ambitieux et puissant, James Ellroy, connu pour ses excès et ses éclats, écrit ici avec plus de sensibilité et de nuance que d'habitude. Une thérapie policière pour l'auteur, sous le prisme du thriller. 

Critique rédigée par Mathilde Jarrossay

"Ma part d'ombre", James Ellroy, traduit par Freddy Michalski, Editions Payot Rivages, 576 pages, 10,65 €

L'événement, Annie Ernaux

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Un examen gynécologique plonge Annie Ernaux dans le souvenir de l’avortement qu’elle a subi tente ans plus tôt, en 1963. À cette époque, elle est étudiante en lettres à l’université de Rouen, et l’avortement n’est pas encore légalisé. Elle doit se débrouiller toute seule, sans médecin, sans amis intimes ni parents pour se débarrasser de cette « chose », de « ça ». Objectif : trouver une adresse et de l’argent. Et ne pas mourir, accessoirement. Bien qu’en proie au doute quant à sa capacité à renouer avec des émotions et des sensations vieilles de trente ans, Annie Ernaux trouve les mots les plus percutants et les plus vifs pour partager son expérience. La violence et la brutalité de certaines pages nous glacent le sang.

Comme tous ses livres, ce récit est aussi l’occasion pour Annie Ernaux de surélever sa pensée personnelle à un niveau socio-historique. Dans L’Événement, elle explique que tomber enceinte avant le mariage est un problème qui concerne majoritairement les classes populaires : « Première à faire des études supérieures dans une famille d’ouvriers et de petits commerçants, j’avais échappé à l’usine et au comptoir. Mais ni le bac ni la licence de lettres n’avaient réussi à détourner la fatalité de la transmission d’une pauvreté dont la fille enceinte était, au même titre que l’alcoolique, l’emblème. » Ainsi, en lisant L’événement, on comprend que la solitude et la fatalité font tout autant partie de la douleur d’un avortement illégal que la violence physique.

Critique rédigée par Lucie Jubin

"L'évènement", Annie Ernaux, Editions Folio, 144 pages, 6,90 €

Ils sont aussi en poche :

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