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La « pochothèque » mensuelle de la rédaction #28

22 mars 2023, par Untitled Magazine

La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

La relève, Fanny Chesnel

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Un matin, César est incapable de se lever de son lit pour aller au lycée : sans crier gare, ses jambes ne lui répondent plus. Sa mère s’en inquiète tout de suite, son dernier garçon étant d’habitude assidu et n’ayant jamais créé de problèmes. Elle l’emmène voir tous les spécialistes possibles qui semblent eux aussi échouer à comprendre les raisons de cette paralysie soudaine, qui empêche le jeune homme de poursuivre sa vie d’adolescent.

Quand ses parents décident de le mettre dans un institut de rééducation, la vie entière de César s’effondre : il est loin de son cocon familial, de sa mère avec laquelle il a une relation si fusionnelle et de toutes les activités qu’un jeune homme de son âge devrait effectuer. Activités qu’il s’est toujours attaché à remplir avec un grand soin, espérant ainsi remplir les attentes de son père et arriver à la cheville de ses deux grands frères, désormais adultes et dignes de la fierté de son père.

Dans cet institut, au contact d’autres enfants et adolescents en rééducation, victimes d’accidents ou de maladies, César a tout le temps de réfléchir à sa vie. Se laissant d’abord submerger par le désespoir dû à sa situation et à son enfermement, il nourrit finalement de nouvelles réflexions, facilitées par l’éloignement de ce cadre familial bourgeois qui en attend toujours tant de lui. César pourra-t-il se relever ou est-ce sa nouvelle situation qui fera de lui la relève ?

Critique rédigée par Mathilde Ciulla

"La relève", Fanny Chesnel, Editions J'ai Lu, 256 pages, 7,60€

Arbre de l'oubli, Nancy Huston

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Shayna est à Ouagadougou, mais Shayna est surtout en elle-même, héritière bien malgré elle de son arbre généalogique que Nancy Huston entend bien remonter dans ce roman polyphonique qui traverse les époques.

Le récit repart au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans une famille juive qui a dû quitter sa République Tchèque natale pour fuir le nazisme et qui a perdu toute sa famille dans les camps. Pavel et Jenka sont traumatisés par ce deuil impossible et leurs deux garçons, Jeremy et Joel, tentent tant bien que mal de se construire dans ces Etats-Unis où leurs parents sont devenus très croyants. Joel surtout, ne rêve que d’une chose : être l’enfant préféré de sa mère, la rendre heureuse coûte que coûte - mais est-ce même possible ?

David et Eileen, eux, enfantent Lili Rose à Nashua, douce enfant qui excelle à l’école mais qui semblent renfermée sur elle-même. Jusqu’au jour où elle demande à être inscrite aux cours de chant de leur église, remplissant ses parents de fierté. Cependant, aux mains du prêtre qui lui enseigne le chant, tout ne se passera pas comme prévu et Lili Rose vivra le premier d’une longue liste de traumatismes qui l’éloigneront de cet idéal chers aux yeux de ses parents.

Alors quand Joel et Lili Rose se rencontrent, ce sont deux êtres pétris de paradoxes et de difficiles parcours de vie qui décident de mettre au monde Shayna, enfant miracle qui grandit dans cet univers new-yorkais, marron parmis les beiges. Elle ne cessera de chercher à comprendre son origine, sa différence et de tenter de se créer sa propre voix dans notre monde qui la dénigre sans cesse, décrit avec merveille et sans apparat par Nancy Huston.

Critique rédigée par Mathilde Ciulla

"Arbre de l'oubli", Nancy Huston, Eiditons Babel/Actes Sud, 320 pages, 9,40€

Eau douce, Akwaeke Emezi

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Avant même sa naissance, Ada n’est pas une petite fille comme les autres. Alors que les esprits igbo la façonnent dès ses débuts dans le ventre de sa mère, à la naissance certains restent bloqués dans le corps d’Ada. Pour les Igbo, au Nigeria, la naissance ferme la porte de ce qui nous sépare de l’autre monde. L’esprit présent s’identifie alors au corps dans lequel il se trouve, mais pour Ada les portes sont restées entrouvertes. Des gbanje, des petits esprits maléfiques se sont immiscés en elle et vont l’éprouver. Suite à un événement traumatique, un esprit va dominer les autres, un esprit qui a le goût pour l’auto-destruction et les idées noires…

De son enfance nigériane à ses études aux États-Unis, Akwaeke Emezi raconte, dans ce premier roman, l’histoire d’une jeune fille, d’abord elle-même, qui deviendra vite une écorchée vive. Elle se tatoue, se déteste, se scarifie et a des envies de suicide. Face à elle, des petits esprits se battent pour la contrôler pendant qu’elle essaye de vivre et de s’en sortir.

Roman écrit à plusieurs voix, celle d’Ada et des différents gbanje, d’une écriture aussi tendue que sensible, Akwaeke Emezi signe un émouvant roman d’apprentissage. En invoquant les esprits ibgo, l’auteure personnifie la maladie mentale et les multiples petites voix présentes dans la tête. Un roman inspirant mais difficile d’accès qui ne laissera personne indifférent.

Critique rédigée par Marie Heckenbenner

"Eau douce", Akwaeke Emezi, Editions Folio, 304 pages, 8,70 €

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

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Pour échapper aux absurdités de la vie parisienne et se prouver qu’à trente-huit ans, on est encore libre de changer de vie, Sylvain Tesson part habiter six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. À son arrivée, alors que la camionnette qui l’a déposé à sa cabane avec ses vivres repart d’où elle est venue et que l’aventurier-auteur se retrouve tout seul, il se laisse envahir par la joie causée par la sensation d’être tout à fait libre.

Pourtant, dès la première nuit, il va devoir se confronter au climat glacial. La beauté du lac gelé et la tranquillité des pins enneigés semblent avoir un prix : -30°C. En réalité, sous la surface immobile du lac, la vie se déchaîne. Face aux craquements et grondements de la glace, la cabane de l’aventurier paraît bien frêle. En six mois, Tesson rencontre mille dangers. Il apprend surtout à savourer le luxe des choses simples : une journée sans aucune obligation, un rayon de soleil qui passe par la fenêtre, un oiseau qui s’installe au même endroit à la même heure tous les jours… Il profite de la satisfaction de manger ce qu’il a pêché pendant plusieurs heures et de se chauffer avec le bois qu’on a coupé à la force de ses bras.

Je ne suis jamais aussi heureux que quand je suis seul. Il me faut quelqu’un avec qui partager ça, écrit-il. Jour après jour, Tesson nous livre ses pensées et méditations, ses doutes stimulés par le blanc qui s’étire autour de lui, la soixantaine de livres qu’il a emportés dans sa cabane, et ses lampées de vodka. Des pensées souvent aigre-douces, notamment lorsqu’il se rend compte que rien ni personne de sa vie parisienne ne lui manque véritablement de là où il est, ou que les hommes des bois russes savent mieux tenir une conversation que la plupart des personnes qu’il voit à Paris.

Critique rédigée par Lucie Jubin

"Dans les forêts de Sibérie", Sylvain Tesson, Editions Folio, 304 pages, 8,70€

Consumée, Antonia Crane

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Consumée, c’est avant tout l’autobiographie romancée de l’auteure, Antonia Crane, féministe impulsive qui n’a pas sa langue dans sa poche. Par provocation, elle quitte sa campagne pour arriver dans la grande ville de San Francisco. Rapidement en manque d’argent, elle s’oriente vers les métiers de l’argent facile et entre dans l’industrie du sexe. Mais vient le moment, après plusieurs années dans le milieu, où elle se lasse d’échanger des danses lascives pour des billets et décide de changer de métier, de prendre quelque chose de “plus respectable” et de moins tapageur.

Ancienne addict aux drogues et sujette aux TCA en alternant boulimie et anorexie, Antonia a passé une bonne partie de sa vie à se détruire : par les drogues, ses relations, et son rapport à la nourriture. Si elle a réussi à mettre un stop à la drogue et à cesser sa relation avec celui qui l’avait fait chuter dedans, les blessures d’Antonia restent vives et le manque, tant affectif que celui causé par les drogues, devient de plus en plus prenant : “Je suis devenue un monstre. Hystérique. Hors-la-loi. Je titubais sur l’arête déchiquetée qui sépare la destruction de la rédemption. J’étais anorexique, junkie, clodo, une traînée ambulante, une bisexuelle accro aux gouines.

Petit à petit, cette combattante féministe et provocante, blessée par la vie, va tenter de reprendre le contrôle de celle-ci. Mais alors que tout semblait aller pour le mieux, que la surface paraissait si proche, la mère d’Antonia tombe gravement malade. Afin de payer ses soins, la jeune femme ne va pas avoir d’autres choix que de retourner dans les affres de l’industrie du sexe. De l’argent facile, rapide et des sommes importantes. A travers ses différents personnages de scène, elle se confronte au quotidien aux tréfonds du désir humain, mais aussi de sa psyché et de ses maux : la solitude et la peur.

De San Francisco à Los Angeles, la vie d’Antonia Crane est surtout le portrait d’une femme déterminée et solidaire, qui est prête à tout pour sauver sa mère, quitte à se mettre elle-même en danger. C’est aussi un texte qui explore, comme l’a fait auparavant Nelly Arcan, les mécanismes de l’industrie du sexe et son fonctionnement du point de vue de l’escorte, de la strip-teaseuse.

L’histoire d’une rédemption. Un texte marquant. Une plume crue et percutante. Loin du pathos, l’auteure nous raconte ce parcours comme celui d’une combattante. Avec humilité et courage où les thèmes comme les troubles du comportement alimentaire, l’addiction, la solitude, l’amitié, l’amour, le sexe, y sont abordés.

Critique rédigée par Laurence Lesager

"Consumée", Antonia Crane (traduit par Michael Belano), Editions 10/18, 312 pages, 8,60€

Le duel des grands-mères, Diadié Dembélé

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A Bamako, le jeune Hamet est mal dans sa peau. Peu à l’aise à la maison, M’ma fait ce qu’elle peut, aidée par P’pa depuis la France où il tente de gagner de quoi faire vivre les siens malgré leur condition. L’école, Hamet s’y rend une fois sur deux, la plupart du temps il erre dans les rues et aime se bagarrer avec les jeunes de son âge. Avant de faire ses espoirs d’éducation que P’pa a mis sur son fils, il décide de l’envoyer se calmer à Yélimani, village berceau de la famille. Hébergé par sa grand-mère, lui qui n’a connu que les us et coutumes de la ville, va découvrir un quotidien plus tranquille, plus traditionnel, fait de travail aux champs et escapades extérieures. Jonglant entre les langues imposées, tantôt le soninké, le bambara ou le français en fonction de ses interlocuteurs, il va plonger dans la complexité de ses racines mais surtout découvrir l’histoire cachée de sa famille.

Véritable roman d’apprentissage, grâce à Diadié Dembélé, c’est un réel pan du Mali que l’on découvre. Entre les différents dialectes, les us et coutumes de chacun des villages, les brouilles familiales mêlées à la corruption et à la religion, le lecteur se retrouve plongé dans une immersion totale à travers le regard et les pensées du jeune enfant. Avec beaucoup d’humour, il soulève également de nombreux sujets de société liés à la condition des femmes et des enfants, à la religion… mais met surtout en avant le regard porté sur l’Occident depuis l’Afrique.

Critique rédigée par Marie Heckenbenner

"Le duel des grands-mères", Diadié Dembélé, Editions J'ai Lu, 224 pages, 7,80 €

Ils sont aussi en poche

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