
Je ruminais mon retour parisien en rêvant aux vacances, à des voyages déjà trop lointains et à tout ce qui faisait que Paris, aussi grand soit-il, me donne souvent l'impression d'y vivre à l'étroit. Et puis il y avait cette soirée, au Flow, une de ces péniches mi-bar mi-boîte chicos sur la rive gauche. Je me disais Bon ok, c'est à Invalides, il n'y aura que des mecs lookés en afterwork, en chemises bleues ciel (couleur financier) et rasés de près à l'aftershave (tout ceci fait beaucoup d'after, j'en conviens). Et des filles qui ne boivent que des cocktails parce que la bière, c'est bien connu, ça fait gueux. Mais après tout, pourquoi pas. Qui refuserait un aperitivo ? Depuis mes péripéties italiennes, je suis devenue fanatique. Et puis les concerts ont l'air sacrément chouettes. Alors j'ai pris mon humeur grognon à bras le corps et j'ai marché jusqu'au pont Alexandre III en espérant que mon ennui se dissipe et que Paris me sourie.
https://www.youtube.com/watch?v=zYv3ICY_9LE https://www.youtube.com/watch?v=zh3yHrW4rpwParis baignait dans cette lumière dorée propre aux fins d'été et le temps était incroyablement doux : sur les bords de Seine, l'ambiance était aux pique-niques, au rosé et la rentrée s'annonçait sereine.
J'arrive au Flow devant lequel se presse déjà une longue foule. Les précédentes éditions - à Paris, à Lyon ou à Marseille- ont fait parler d'elles et ont su réunir de nombreux fidèles cet été. Ainsi, mélomanes, fêtards ou inconditionnels disciples de l'aperitivo sont au rendez-vous. La Femme ouvre les festivités en présentant son nouvel album, Mystère qui s'annonce aussi déglingué, maléfique, acide et frivole que le dernier et qui fait qu'on aime tous plus ou moins La Femme pour leur dinguerie, même si la rumeur court dans tout Paris sur leurs chevilles qui auraient sacrément enflées et leurs diverses incongruités. Torse-poil sous ses bretelles à rayures, le chanteur est remonté à bloc et Clémence, la chanteuse attaque avec Septembre, un nouveau titre qui tombe à pic en ce début d'année. Entre deux chansons, je décide d'explorer les lieux et d'aller chercher un cocktail. J'avoue n'avoir jamais aimé le Martini. Mais ces créations au Schweppes sont sacrément bonnes et je défie quiconque de ne pas trouver un des trois cocktails à son goût. Les gros verres ballon bien classes dans lesquels ils sont servis recouvrent toutes les tables aux côtés de l'aperitivo imaginé par Denny Imbroisi. S'il est vrai que les trois petites courgettes qui se battent en duel manquent cruellement de prestance, les tartinades italiennes et les planche de charcuterie défient toute résistance à la gourmandise. Il fallait juste faire le bon choix sur la carte. Mais passons outre l'épisode de la minimaliste courgette : le Flow baigne dans une ambiance savoureuse et élégante et le pont Alexandre III reflète ses volutes dans la Seine illuminée. Dans la salle de concert, Izzy Bizzu de dentelle vêtue remue sa crinière bouclée en offrant à son tour un live à la fois intimiste et groovy. Je réalise que je n'avais jusqu'ici entendu que sa voix chaude et sensuelle et je découvre avec plaisir un petit bout de femme ultra chou, avec une super présence, lumineuse et énergique. Plus tard dans la soirée, Folamour secouera la piste de danse avec un DJ Set qui viendra clore en beauté cette première soirée Ma Terrazza, en attendant le lendemain où d'autres artistes défileront sur la scène.
Alors voilà. Accoudée au ponton du Flow avec la Tour Eiffel diablement scintillante et merveilleusement kitsch en ligne de mire, je me suis dit que Paris, au fond, était doux-amer comme un Martini Rosso, et que surtout, surtout, c'était parfois bien beau. Finalement, il y a pire comme rentrée. J'attends la prochaine édition de Ma Terrazza avec impatience.
Crédit photo : Martini
Crédit photo : Martini