Dans le cadre de la nouvelle édition des Folies Musicales qui s’est tenue au Théâtre du Châtelet du 6 au 11 mai dernier, l’Ensemble Les Apaches a réinvesti dans un foisonnant et stimulant concert deux compositeurs mythiques du XXème siècle, Erik Satie et John Cage.
« bazar » et « silence » voilà deux mots plutôt péjoratifs quand ils sont liés à la musique. Mais Satie et Cage sont toujours là pour relativiser tout ça et questionner nos attendus. Tout commence par les iconiques et ô combien curieuses Vexations du premier sur un motif à jouer 840 fois au piano sur une durée avoisinant les 24 heures. Qu’on se rassure la pièce a déjà commencé quand on pénètre dans la salle. L’orchestre, lui, s’accorde. Car, particularité du programme de ce soir, toutes les pièces ont été arrangées pour l’Ensemble Les Apaches par les compositeurs (et pianiste pour le troisième) Anthony Girard, Othman Louati et Philippe Hattat. Violon, alto, contrebasse, flûte, hautbois, basson, trompette, etc, sont tous de la partie pour entrer dans cette Parade. Le rideau, réalisé par Pablo Picasso, de ce ballet iconique et créée il y a plus de cent ans dans ces mêmes-lieux, simplement projeté sur l’ensemble de la scène et l’orchestre se met en branle sous la direction de Julien Masmondet. Bouteilles, sirène, coup de pistolet, mais aussi poisson rouge, cocktail, etc, tout est là pour rappeler les débuts d’une musicalité du quotidien qu’investira Cage dans son Living room music, salon qui se retrouve ici directement présent dans un coin de la scène. Fourmillantes d’idées, sans frontières, aux possibilités infinies, ces musiques luxuriantes ne seraient rien pour autant sans une attention profonde envers le silence. Le tempo ralentit, l’ampleur de l’orchestre diminue, les musicien.ne.s quittent peu à peu leur place et leur habit noir symphonique pour revenir tout de blanc vêtu dans une radiance sourde. Place ici à la deuxième partie du programme où la « lenteur » qui se fait « douloureuse » (Gymnopédies N°1) ou « grave » (Gymnopédies N°3) se mêle à la paix et la contemplation (In a Landscape), pour se conclure dans un instant suspendu où le Théâtre du Châtelet et ses spectacteurice.s s’entendent vivre (4,33).
Si l’on peut être surpris.e par la carrure de certains arrangements vis à vis des versions connues des œuvres, si l'on peut être mitigé.e par la présence imposante de projections qui indiquent les œuvres jouées tout autant que les éléments qui la composent, si l'on peut être dubitatif.ve face à la présence sibyllines de la danse, il n’empêche que l’on quitte la salle gonflé d’un certain enthousiasme. Voici des compositeurs dont la « folie » est toujours aussi nécessaire et cela autant pour des musicien.ne.s dont le plaisir à les jouer est palpable que pour un public vivifié dans son rôle d’écou(ac)teur.
« Rideau ! Satie/Cage, du bazar au silence »
Ensemble Les Apaches !
Direction musicale Julien Masmondet
Musique Erik Satie, John Cage, Othman Louati, Philippe Hattat
vu au Théâtre du Châtelet le 9 mai 2026, en tournée les 28 et 30 août au Ruhrtriennale Festival, Duisbourg (Allemagne).