Reprise au Montfort, la bande dessinée de Fabcaro Zaï zaï zaï zaï sort à nouveau de ses cases pour se produire sur scène avec la compagnie du Théâtre de l’Argument dans un spectacle radiophonique mise en scène par Paul Moulin. À voir jusqu’au 9 février.

La bande dessinée nous montre à voir. Ici c’est à entendre que nous sommes invités mais sans pour autant fermer les yeux devant toutes les astuces créatives mises en oeuvre pour créer ce théâtre radiophonique. Sur scène, c’est ainsi une cinquantaine de personnages que nous entendons mais «seulement» huit étourdissants acteurs que nous voyons faire preuve de toujours plus d’inventivité.

Farce contemporaine

Le point de départ de l’histoire donne le ton. Fabrice un dessinateur de bande dessinée, s’aperçoit au moment de son passage en caisse qu’il a laissé sa carte de fidélité dans son autre pantalon. Faute impardonnable dans cette société qui ne paraît pas si éloignée de la notre. Il réussit à s’enfuir et devient de ce fait ennemi public n°1. Le road-movie du fugitif débute sous le regard d’une cinquantaine de personnes qui ont tous leurs mots à dire. La farce en devient politique. Sous le prétexte de cette fuite d’un temple de la consommation, Fabcaro en profite pour dépeindre une satire de la société du libre marché dans laquelle nous vivons. Après l’absurdité des menaces du chef de la sécurité du magasin, dont nous prenons un malin plaisir à voir la réalisation sur scène – magnifique roulade loupée – la satire s’attaque à notre société de l’image. Toute le monde y passe, que ce soit les auto-qualifiés spécialistes de plateaux télé qui ne peuvent s’empêcher d’appuyer leur propos en signifiant oralement leur gimmicks particulières, ou bien cette stigmatisation de certaines professions entretenue par des médias peu préoccupés par une quelconque éthique journalistique – mieux aurait-il fallu peut-être que Fabrice soit dessinateur industriel ? Les rencontres et les dialogues s’enchaînent et prennent vie sous nos yeux, amusés que nous sommes à suivre les changements de personnages et les différents artifices mis en oeuvre (accents, tenues) par cette petite troupe de comédiens.

crédits images : François Goize

Lecture collective

Alors que la bande-dessinée se déguste seul, que la radio s’écoute individuellement, le Théâtre de l’Argument dynamite le cadre de ces plaisirs solitaires en nous faisant vivre l’instant créatif. Le voile de mystère levé, nous assistons donc aux ruses mis en oeuvre pour et par la narration sonore. Un poireau s’agite sous le micro, des bouteilles se débouchent, du papier se froisse, etc. Un profond combat se joue dans notre esprit, fermer les yeux et se laisser porter dans l’intrigue ou bien ouvrir tous sens pour assister à la supercherie artistique. Et puis, se contenter d’entendre ce serait louper les simagrées des acteurs et leurs nombreuses gesticulations. Ce serait manquer le jeu de passage sous les pupitres ou la mise en place d’une équipe technique éphémère avec ses câbles et sa perche envahissante. Mais toute cette réflexion ne peut avoir lieu que si nous sommes toujours bien confortablement installés à notre place. Or poursuivant son travail de sape de la fonction de spectateur, la troupe nous réserve une sortie de scène des plus surprenantes et dont il est compliqué d’être indifférent…

Ainsi alors que Fabcaro déclare « à l’image, je n’aime pas quand ça bouge trop, je me sens exclus », le Théâtre de l’Argument le prend aux mots et vient lui/nous proposer de nous accompagner gaiement le temps d’une représentation débordante de tous les cadres.

Zaï zaï zaï zaï
D’après la bande-dessinée Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro (6 pieds sous terre, 2015)
Mise en scène Paul Moulin
Adaptation Maïa Sandoz
Avec en alternance Élisa Bourreau, Maxime Coggio, Christophe Danvin, Aymeric Demarigny, Adèle Haenel, Cyrille Labbé, Paul Moulin, Emmanuel Noblet, Maïa Sandoz, Aurélie Verillon

Au Monfort jusqu’au 9 février 2019 puis en tournée au TNB – Théâtre National de Bretagne du 26 février au 2 mars 2019, au Théâtre de Poche Hédé-Bazougues du 22 au 23 mars 2019.