Enzo Ceccotti (Claudio Santamaria) est un truand de bas étage qui vit de petits coups, de yaourts et de pornos dans la triste cité de la Tor Bella Monaca. Au cours d’une poursuite dans les rues de la capitale, il plonge dans les eaux du Tibre où une cuve radioactive le contamine. Désormais doté d’une force surnaturelle, le lascar poursuit sa minable carrière criminelle jusqu’à ce qu’il croise sur sa route Alessia (Ilenia Pastorelli) ; une jeune fille aux problèmes psychiatriques qui le prend pour le héros de manga « Jeeg Robot », dont le destin est de sauver le monde. Mais Enzo devra d’abord s’occuper du Gitan (Lucas Marinelli), un dangereux psychopathe en quête de gloire dans la mafia romaine.

Copyright Emanuela Scarpa
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Héroïsme sur toile sombre

Sur fond de protestations terroristes anti-UE et anti-finance, le film a pour ambition de reprendre le genre du cinéma de super-héros Hollywoodien qui inonde aujourd’hui la production cinématographique, dans un contexte plus réaliste. Comme un écho au genre du western spaghetti italien qui reprenait un genre phare du cinéma US en transformant ses héros en aventuriers sans morales obsédés par le fric. Gabriele Mainetti tente de redonner à ce cinéma un côté encore plus populaire, presque prolo, à l’aide de grosses ficelles sociales.

Un anti-héros banlieusard addict au porno, une jeune fille torturée psychologiquement par un sombre passé, un antagoniste sanguinaire motivé par le seul désir de sortir de sa classe sociale pourrie. Des thèmes parfois usés mais bien plus matures qu’il n’y paraît au premier abord en toile de fond. Hollywood avait déjà anticipé ce goût pour les histoires plus sombres remplies d’anti-héros et l’a porté avec plus ou moins de brio à l’écran. Des petits films de ce genre avaient aussi vus le jour sans aborder la misère sociale aussi frontalement que le film de Mainetti.

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Hommage au genre populaire

L’hommage au manga « Jeeg Robot », sorte de Goldorak culte en Italie, en dit long sur la position du réalisateur. Malgré les nombreuses critiques souvent méprisantes vis à vis de la culture manga des années 80, force est de constater qu’elle est parvenue à s’imposer comme un indétrônable de la culture pop, tout comme une inspiration certaines pour de nouveaux artistes. La reprise des codes les plus éculés des séries B ou des films Marvel/DC est aussi à voir comme un pied de nez lancé aux détracteurs du genre. Certes le film en reprend malheureusement les défauts ; les clichés guettent et avec eux l’ennui, mais on comprend l’idée de rendre hommage à des monuments de la culture pop sans avoir la prétention suicidaire de les réinventer.

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Un premier film maîtrisé

Le jeu des acteurs, tous fantastiques dans leur interprétation, transcende le contraste entre humour décalé et mise en scène très colorée face à un espace social impitoyable pour ses occupants. Lucas Marinelli interprète une sorte de Joker complètement dingue qui n’a rien à envier à son pendant US. Et Ilenia Pastorelli parvient à interpréter avec justesse la fragilité naïve d’une jeune femme moralement brisée qui trouve refuge dans son animé favori.

Le film de Mainetti ne sera sûrement pas la claque de l’année, il tire par moments sur des banalités un peu ennuyeuses, et on dénombre autant de scènes bien ficelées que d’autres tirées par les cheveux. Mais on salue tout de même la performance. Parvenir avec un budget de deux millions à réaliser un film de super-héros avec une personnalité aussi forte et une technique aussi maîtrisée relève de l’invraisemblable. En plus de laisser un arrière-goût rafraîchissant, il se révèle intéressant relativement malin dans sa forme introspective. Dans la période contestataire que nous vivons actuellement dans l’Europe latine, voir dans des films à l’anticipation légère tels que celui-ci ou « Arès » un héros devenir malgré lui l’emblème révolutionnaire d’un de ces mouvements à quelque chose de révélateur.