Attendu depuis plusieurs mois, le spectacle musical Un Eté 44, produit par Valéry Zeitoun, se joue depuis le 4 novembre au Comédia à Paris, où il devrait rester à l’affiche jusqu’au 26 février 2017. Nous étions présents à l’une des premières représentations.

Un Eté 44 raconte l’histoire de six anonymes pendant la Seconde Guerre mondiale. L’intrigue débute le jour du Débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, et se termine en 1945 dans un Paris libéré. Trois jeunes femmes : Solange, Rose-Marie et Yvonne, sont les protagonistes de cette petite épopée où l’on croise un GI américain, Willy, un soldat de la Wehrmacht, Hans, et le petit René, qui cherche à entrer dans la Résistance.

Le pari de raconter en chansons l’une des pages les plus complexes de l’Histoire de France était évidemment des plus risqués. Pour y parvenir, on a convoqué la fine fleur des auteurs-compositeurs français : Erick Benzi, Alain Chamfort, Claude Lemesle, Charles Aznavour, Jean Fauque, Michel Amsellem, Maxime Leforestier ou encore Jean-Jacques Goldman… Les véritables stars du spectacle ce sont eux, puisque sur scène les interprètes sont pour la plupart inconnus du grand public, mise à part Alice Raucoules, déjà croisée sur les plateaux de la Star Ac 8 et dans la série Dreams sur NRJ 12. Avec ce casting audacieux et des chansons signées de quelques unes des plus grandes plumes de la variété française, nous étions impatients de découvrir ce show atypique sur la scène du Comédia à Paris…

Une belle ouverture et quelques déceptions

Dès les premières notes, on remarque des musiciens sur scène et un décor, un vrai, ce qui nous réjouit. En fond de scène, un écran affiche l’embrasure d’une fenêtre et des rideaux qui volent au vent. Résonne alors la voix de Barbara Pravi, alias Solange, sur le doux morceau Ma Chambre. Ce début subtil et délicat semble augurer le meilleur pour la suite.

Mais l’apparition de Marisa Berenson sur grand écran, qui joue la fille fictive d’Yvonne relisant le journal de sa mère, nous fait malheureusement sortir de l’intrigue jouée sur scène et ajoute un pathos inutile. Peu à peu, un malaise inexplicable s’installe. Certains textes parlés, censés faire le lien entre chaque chanson, manquent de rythme et de subtilité. Or, on sait combien la thématique exigeait un travail d’écriture rigoureux, au moins à la hauteur des textes chantés, pour la plupart très réussis. On reconnaît aussi la belle idée de jouer les musiques en live, si ce n’est que les arrangements de certains morceaux, un peu trop variétisés, ne font qu’ajouter une distance supplémentaire entre le spectateur et l’intrigue.

Mais le principal défaut est peut-être cet écran en fond de scène dont les images de piètre qualité graphique gâchent certains tableaux. Par exemple ces coquelicots sur le titre Avec Les Hirondelles, un ersatz de papier peint Windows qui enrobe d’une niaiserie inutile la scène d’amour entre Yvonne et Willy. Entre ces fâcheux détails, on entrevoit pourtant les véritables trésors de ce spectacle.

Une réussite en pointillés

Parmi les titres forts, on retient bien-sûr Passer la Nuit, single porté par la remarquable voix rauque de Tomislav Matosin et sa belle énergie sur scène. Mais également Ta Photographie, Les Québecois et Lili sans Sommeil. Parmi les interprètes, le cast féminin se démarque. Sarah-Lane Roberts incarne une formidable Rose-Marie, volage et légère, avec un vrai talent d’actrice. Alice Raucoules séduit en Yvonne, grâce à sa voix douce et son charisme. Mais la révélation de ce spectacle est sans doute Barbara Pravi, 23 ans à peine et déjà une voix mûre, juste et chargée d’émotion.

Après de sympathiques tableaux dans un bar de jazz à la Libération et le chant Paris au ciel d’été, vient alors le clou du spectacle : Seulement connu de Dieu. Cette chanson, écrite par Claude Lemesle et Charles Aznavour, emporte tout sur son passage. Le texte puissant, l’interprétation parfaite de Barbara Pravi (encore elle) et les arrangements en crescendo sont une pure merveille et un grand moment de comédie musicale, si sobre et pourtant si juste. Durant ce titre, on entrevoit la puissance de ce thème si audacieux qu’était le Débarquement. Même la chanson finale, pourtant signée Jean-Jacques Goldman, paraît plus fade après cet instant de grâce.

Finalement, on ressort du spectacle Un Eté 44 un peu plus déçus que réjouis. Malgré une bonne mise en condition (ouvreuses en habit militaire, premier tableau réussi…) et des interprètes talentueux, on a du mal à se laisser emporter. Domine alors le sentiment d’un hommage manqué, mélange de réussites et d’instants gâchés… Et la colère enfin, de devoir écrire ces lignes sur un spectacle que l’on aurait tant aimé aimer.

Un Eté 44, avec Nicolas Laurent, Sarah-Lane Roberts, Tomislav Matosin, Barbara Pravi, Philippe Krier et Alice Raucoules. Jusqu’au 26 février 2017 au Comédia, 4 bd de Strasbourg, 75010 PARIS. Du mercredi au samedi à 20h et les dimanche à 17h. Places en vente de 30 à 79 €.

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