Avec « Un enfant plein d’angoisse et très sage », Stéphane Hoffmann renoue avec un style complètement décalé, plein d’humour et de finesse : un livre qui, s’il met du temps à prendre toute son ampleur, reste un agréable moment d’étonnement. 

Antoine a quatorze ans lorsque ses deux parents décident de se réinvestir avec lui, après l’avoir laissé tout ce temps sous la garde de sa grand-mère. « Brigand », Antoine tente tant bien que mal de trouver son espace de liberté entre ces adultes qui l’ennuient et dont les simagrées l’exaspèrent. Entre une mère qui rêve de devenir ministre, un père amoureux de chaussettes et de plaisirs en tout genre, une grand-mère ancienne chanteuse et grande gueule, un chien délicat mais peu prudent, Stéphane Hoffmann dresse le portrait d’une famille loufoque, pétrie des névroses qui découlent immanquablement de blessures d’amour mal guéries…

Histoire(s) de famille

Antoine, centre du portrait de famille, mais pour rien au monde centre de l’attention, fait tout pour qu’on « lui foute la paix ». Il aime le latin, son chien Jojo et sa grand-mère barjo qui le fait rire. Pour ses parents, pas d’affection : il n’a jamais vu son père, et s’il a vu sa mère « c’est comme on voit la Tour Eiffel de l’esplanade du Trocadéro ». Dur, solide, il s’empêche de pleurer devant sa famille comme sa mère le faisait avant lui. Imbuvable, sale gosse vulgaire et prétentieux, son comportement répond aux membres barrés qui constituent sa famille : une grand-mère brutale et méprisante, un père démissionnaire et pantouflard, une mère carriériste sans amour aucun pour lui (et pour elle-même)

Stéphane Hoffmann donne la parole à ce petit mal-aimé construisant son armure avec force contre les autres, qui risqueraient de le faire souffrir, et contre lui-même, qui ne demande justement qu’à être aimé. Tragique destin, qui perd pourtant toute sa dimension étouffante sous la plume de l’écrivain qui manie brillamment une distance humoristique étonnante.

Distancier le tragique

Pour résumer le parti pris original de Stéphane Hoffmann, s’imposent immanquablement ces mots d’Eric-Emmanuel Schmidt dans L’homme qui voyait à travers les visages « La vie est une tragédie : autant la vivre comme une comédie ». L’auteur parvient à faire de l’humour en lieu et place du tragique, comme un adulte mûr qui aurait repris contact avec ses élans d’enfant. A travers le personnage d’Antoine, il se moque du spectacle pitoyable offert par les adultes qui l’entourent : vaniteux, immatures, ignorants, menteurs, en recherche d’attention… Les tares s’accumulent sous des traits d’ironie bien sentis, qui permettent d’alléger le tout. L’écriture est limpide, les personnages attachants (car bourrés de névroses) et la fin totalement bouleversante de douceur (qui manque parfois à certains moments). Si le ton hypocoristique est parfois quelque peu surjoué, il touche plus souvent au but qu’il ne le manque : violemment réjouissant.

Stéphane Hoffmann nous livre un ouvrage plein de tendresse et d’humour sur l’enfance et l’âge adulte. Grâce à son comico-tragique portrait de famille, il dévoile avec autant d’ironie que de violence les scories névrotiques qui lacèrent souvent les relations filiales : léger, fin, divertissant et touchant.Un enfant plein d'angoisse et très sage

« Un enfant plein d’angoisse et très sage », Stéphane Hoffmann, Editions Albin Michel, 272 pages, 18,50 euros. 

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