Bâmiyân, Khorsabad, Palmyre, la Mosquée des Omeyyades de Damas et le Krak des Chevaliers, six sites du patrimoine mondial recensés par l’UNESCO en danger, six sites aux splendeurs menacées. Quatre d’entre eux sont présentés au Grand Palais jusqu’au 9 janvier 2017. Les guerres, les pillages et les destructions dus aux conflits en Afghanistan et au Moyen-Orient ont détérioré des siècles d’histoire et de représentations culturelles ; quelle place à la politique dans cette vision du patrimoine ?

En 2001, des statues géantes du Bouddha à Bâmian étaient volontairement saccagées. Depuis, sur les terres principalement syriennes et irakiennes, en plus des millions de morts et des désastres quotidiens, le patrimoine est attaqué. Il est sujet aux violences car l’héritage qu’il offre au monde actuel est controversé. L’exposition se concentre sur quatre des six sites dont le patrimoine est menacé. Elle en fait état et sensibilise, dans une démarche clairement éducative, sur les horreurs patrimoniales qu’engendrent les guerres.

La politique et le patrimoine

L’exposition présentée au Grand Palais a été souhaitée par le président de la république François Hollande. Le texte d’introduction nous le souligne. D’emblée, la mesure de cette implication dans la préservation d’un patrimoine qui nous concerne tous -puisqu’universel- est posée. Culture et géopolitique se toisent pour offrir un état des destructions actuelles. Le fait que la France prenne part à cette analyse, soulève la question de l’appartenance. Le monde et ses richesses sont aujourd’hui considérés comme intérêt commun. Cette Histoire dans laquelle chacun s’intègre est devenue un véritable enjeu politique. Le 2 décembre dernier, à Abu Dabi, les plus grands spécialistes tiraient le signal d’alarme. Dans une conférence internationale sur le patrimoine en péril, ils appelaient à la constitution d’un fond international pour la protection du patrimoine culturel en péril.

Il est évidemment primordial de se lever contre la destruction de ces monuments uniques et témoins d’une époque, mais la légitimité de s’octroyer un droit de regard sur la manière dont évoluent et s’emploient les différentes formes patrimoniales ouvre certains débats. Devons-nous mener une guerre culturelle de sauvegarde du patrimoine ? Avons-nous un droit de regard sur celui-ci ? Pouvons-nous réellement empêcher ces destructions ? Et si oui, comment ? Tant de questions à peine évoquées au Grand Palais…

Une exposition immersive

Le dispositif scénographique permet au visiteur d’être complètement plongé dans ces sites en danger. Dans l’espace central, entouré d’immenses panneaux vidéo, il voyage virtuellement entre les sublimes représentations des sites qui défilent. Issues de prises de vue photogrammétriques en 3D de la start-up française Iconem, ces images collectées par des drones permettent une véritable prise de conscience. Ces paysages réels sont combinés à des documents anciens et ouvrent sur des reconstructions jusqu’alors jamais égalées. Réel et virtuel sont alliés au passé et au présent permettant de mesurer toute l’ampleur de la perte de tels sites. Au fond de l’exposition, dans une dernière salle, un laboratoire des images permet d’observer chronologiquement les explorations et les découvertes des scientifiques depuis le XVIIème siècle.

Cette exposition aux multiples partenaires (Iconem, Google arts & culture, Léon Levis Foundation, Bank of America, LVMH, Total…) met le doigt sur une véritable question : celle de l’appartenance et du droit de regard. Si le propos reste l’alerte et la sensibilisation du patrimoine en danger, si l’exposition est magnifiquement orchestrée et révèle la véritable magie des lieux, la position de la France en souveraineté sauveuse peut interroger. Bien sûr la sauvegarde du patrimoine mondial est une véritable problématique et nous concerne tous, mais il transparaît quelque chose d’accusateur et de presque moralisateur dans cette démarche pédagogique et didactique. Entre ingérence et devoir de mémoire, les débats s’ouvrent…

 

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Fragments de mosaïques de la Grande Mosquée de Damas, Damas, Syrie, 705-715, tesselles de verre, tesselles de verre avec feuille d’or, nacre, mortier, plâtre contemporain ; 26 x 18,5 x 4,5 cm ; Paris, musée du Louvre, département des arts de l’Islam, Photo © Rmn-Grand Palais / Benoît Touchard
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Palmyre, vue aérienne Temple de Bêl, image 3D © Iconem, DGAM
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Krak des Chevaliers, intérieur Chapelle image 3D © Iconem, DGAM


Site Eternels,
jusqu’au 9 janvier 2017
Grand Palais,
Entrée gratuite

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