Jeune prodige du beatbox loopstation, SARO compose des titres électro à la fois pointus et entraînants grâce à sa bouche et à sa machine de loops. Rencontre avec ce musicien-performer étonnant.

A 28 ans, SARO est passé du statut d’anonyme à celui de superstar du beatbox en remportant cette année en Suisse le Grand Beatbox Battle face à MB14 et Tioneb. Il sera bientôt à l’affiche des 39e Rencontres Trans Musicales de Rennes le 8 décembre. L’occasion pour nous de l’interroger sur cette discipline étonnante qu’est le beatbox, soit l’art de produire des rythmes et des sons avec sa bouche. Humble, sympathique et drôle, SARO se confie sur ses influences, sa célébrité soudaine, les championnats du monde en juin et ses futurs projets… Rencontre avec un jeune beatboxer au talent fou.

Parle-nous un peu de toi, qui es-tu, d’où viens-tu et surtout comment as-tu découvert le beatbox ?
SARO :
Je m’appelle Tristan, et SARO c’est mon nom de scène. Je viens de Fougères à la base mais j’habite Rennes maintenant. Mon parcours : j’ai fait dix ans de batterie et pas mal d’harmonies, des orchestres et tout ça, j’avais plusieurs groupes aussi, des groupes de rock, des groupes garage ! Et puis un jour j’ai été à un concert à Fougères et j’ai découvert un beatboxer qui s’appelle O’Slim, je me suis dit : « Ah ouais on peut faire ça avec sa bouche alors que moi il faut que je me trimballe ma batterie ? J’ai envie de faire ça! » Et j’ai appris tout seul ! En fait j’ai demandé à O’Slim de m’apprendre un ou deux sons de base et puis on a sympathisé. A l’époque il y a dix ans, il n’y avait pas vraiment de tutos sur internet donc on devait un peu se débrouiller.

Et comment t’es venue l’idée d’introduire une machine, la loopstation ?
Comme je viens d’orchestres et d’harmonies j’aime bien quand la musique est bien remplie et je n’arrivais pas à trouver ça dans le beatbox solo. Cette machine c’est un looper, ça me permet de m’enregistrer en direct et je peux construire des morceaux avec. Très vite, dès que j’ai appris le beatbox j’ai découvert ces loopers et j’en ai acheté une directement !

Quels artistes t’ont influencé ?
Dans ce que je fais moi maintenant aujourd’hui, comme c’est pas mal électro il y a un mec qui m’a inspiré de fou, c’est un Anglais, Beardyman, c’est mon maître ! Franchement en beatbox c’est surtout lui, après il y en a d’autres…

Par exemple pour moi qui suis un peu novice, quand on me dit « beatbox » je pense d’abord à Michal Jackson, au milieu du rap etc. Alors que toi tu fais plus de l’électro c’est ça ?
En fait le beatbox ça fait partie de la famille du hip-hop donc à la base c’est un mouvement hip-hop, mais pourquoi on ne pourrait pas s’en servir pour faire d’autres styles de musique? Ca a vachement évolué depuis dix ans, c’était très hip-hop au début, mais après chacun à ses influences et chacun part dans ce qu’il veut puisque c’est un instrument musique ! C’est comme si on te disait : « Tu prends une guitare, t’es obligé de faire du jazz manouche ! » C’est pareil !

Qui sont les autres artistes que tu aimes alors ?
Tu viens de citer mon roi, Michael ! J’ai tous ses albums, j’ai tout écouté en boucle et en boucle… Sinon en ce moment, ça va te paraitre étrange mais Orelsan, 20syl… En fait je suis vachement éclectique dans mes goûts, j’aime beaucoup de choses. A chaque fois que je réfléchis à des noms d’artistes il y en a aucun qui me vient directement à part Michael Jackson, tellement j’aime de trucs…

 

Tu ajoutes des couches de sons grâce à la loopstation et tu ne fais pas que du rythme, tu ajoutes aussi des notes et tu chantes, tu composes des chansons tout seul, un peu comme un homme orchestre …
Pour les gens, le beatbox c’est une performance, donc on s’attend à du spectacle. Forcément il y en a, mais je veux faire en sorte que quand ils ressortent d’un concert, ils se disent : « on a écouté de la musique » et pas « on a vu un mec nous en mettre plein la vue… »

Mais est-ce que ce n’est pas plus pertinent de voir du beatbox loopstation en live plutôt que d’acheter un CD ?
De toute façon comme tout concert, c’est toujours plus impressionnant de voir l’artiste tout faire en direct mais il y a forcément une musique ou deux dans le set que tu vas vraiment aimer et que tu vas avoir envie d’écouter chez toi ! Donc sur CD tu les retrouves ! Je considère que je fais de la musique avant tout. 

A quoi est-ce qu’il faut faire le plus attention ? Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le beatbox loopstation ?
C’est beaucoup d’entrainement, comme pour tous les musiciens ! Mais je dois tout gérer… Déjà tout ce qui est boucle : il ne faut pas se tromper dans les boucles, il faut appuyer au bon moment pour ne pas que ce soit décalé… Et il faut être juste pour faire les accords, il faut se rappeler des effets que tu mets à ce moment-là… En fait tu fais tout ! Donc il faut être entrainé, il faut arriver prêt sinon ce n’est pas possible ! Le secret c’est comme tout, c’est le travail.

Et qu’est-ce qui te plait le plus ?
Moi je kiffe tout ! Tout le concert je kiffe ! (Rires) Non après il y a des morceaux que je préfère à d’autres, forcément… Mais j’aime bien mélanger le côté bourrin de ma personne avec le côté musical que je peux avoir, en fait j’aime bien rassembler ces deux trucs-là.

 

Lors du Grand Beatbox Battle 2017 tu étais en demi-finale contre MB14 qui est un beatboxer connu du grand public grâce à The Voice. Toi les radios-crochets ça ne te tente pas ?
Non pas trop, je ne fais pas le style qu’ils veulent ça ne m’intéresse pas beaucoup.

Pourquoi il n’y a pas de paroles dans tes compos ?
Avant je faisais des morceaux hip-hop avec du rap et tout ça, et en fait je suis passé dans une autre phase plus électro. Mais j’ai un nouveau morceau par exemple où c’est du yaourt voilà ! (Rires) En fait je ne me trouve pas assez bon pour écrire des paroles, c’est un avis personnel.

Raconte-nous ta victoire au Grand Beatbox Battle 2017 à Bâle en Suisse cette année, qu’as-tu ressenti ?
C’est le plus gros tournoi international de loopstation au monde ! Et en gros quand je suis arrivé, personne ne me connaissait ! Vraiment ! A part les Français parce qu’on se connaît tous depuis très longtemps, mais sinon comme là c’était un tournoi international personne ne me connaissait, j’étais outsider, il y avait des favoris qui étaient là… Donc un peu de pression mais pas trop parce que je me disais « bah sil ils n’aiment pas je reste inconnu de toute façon ! » Et au final ça s’est bien passé ! Je suis passé du statut « inconnu » à « mec qui a gagné »… Enfin je ne sais pas, c’était fou ! L’ambiance était folle ! Les gens disaient : « Mais t’es fou ? Mais qu’est-ce que t’as fait ? » Je ne comprenais pas !

Quelle est la nationalité reine d’habitude ? Et quel est ton prochain objectif ?
C’est la France ! En fait les championnats du monde c’est tous les trois ou quatre ans, et là le dernier champion du monde en solo est français, les derniers champions en duo sont français… Dans le monde du beatbox, la discipline que les gens suivent le plus à la base c’est le solo, parce que c’est le plus impressionnant. Mais ça commence un peu avec la loopstation. Les prochains championnats du monde ont lieu en juin à Berlin, et c’est la première année qu’il y a la catégorie loopstation justement ! Du coup je vais y aller !  J’essaye de me dire que j’y vais pour le plaisir pour ne pas stresser, mais j’ai beaucoup plus de pression maintenant que je suis le favori ! C’est plus pareil…

RARO – © Gwendal Le Flem

Du coup tu tournes pas mal à l’étranger et en France ?
Oui j’ai été en Inde, c’était vraiment très cool, là je vais à Londres… Et les Trans Musicales de Rennes là c’est LE grand rendez-vous ! Ca va être un truc de fou ! Déjà c’est chez moi, et en plus je n’ai jamais joué dans une scène comme ça ! C’est la plus grosse scène de ma vie : 9 000 places !

Et est-ce que tu vas sortir un CD bientôt ?
C’est en discussion avec des boites de prod, mais rien n’est fait..  Je pense peut-être d’abord à un EP et après un album… Ou directement un album je ne sais pas ! C’est en discussion mais j’ai le nombre de morceaux suffisant en tout cas.

Pour finir, si tu devais partir avec un morceau sur une ile déserte ?
Ouah c’est dur ce que tu demandes ! (Rires) Hum… Je prendrais forcément un morceau de Michael, mais lequel ? Moi je kiffe Liberian Girl ! Je pense celui-là…

Avec qui rêverais-tu de faire un duo ?
Plein ! (Rires) Il faut que j’en choisisse qu’un ? Je peux en dire deux ? Hum… Ben 20syl et Orelsan ! Des Français, je reste en France moi ! (Rires) Le chauvin !

Retrouvez SARO sur sa page FB et son site officiel.

SARO sera en concert aux Trans Musicales de Rennes le vendredi 8 décembre 2017 au Parc Expo Hall 9 et le 16 décembre 2017 à Fontenay-sous-Bois (94) dans le cadre du festival Les Aventuriers.

SHARE
Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.