Débuté fin 2019, voilà que la nouvelle création de Julie Bertin et Jade Herbulot, à la teneur hautement politique, nous arrive quelques semaines avant les prochaines élections présidentielles. Opportunisme ? Anachronisme ? Rien de tout ça dans Roman(s) national.

Tout est donc imaginé comme le rappelle l’avertissement glissé dans la note de salle. Mais le réel aurait-il ou rattrapera-t-il la fiction ?

Le Président de la République vient de décéder. Des élections sont organisées. Paul Chazelle, héritier politique du défunt, se porte candidat malgré son jeune âge (une trentaine d’années) et sa courte expérience politique (moins de dix ans) après avoir été champion d’escrime. Parvenu au second tour face à une candidate du rassemblement de la gauche, il se prépare à l’affrontement de l’entre deux tours. Saura-t-il convaincre de la primauté de son roman national ?

Le Parti Horizon (conservateur-libéral) duquel Chazelle est candidat, n’y est pas allé pas de main morte pour soutenir son homme providentiel. Voilà le Musée de l’Homme privatisé et transformé en QG de campagne (sacré décors !). Alors qu’une grande catastrophe, semble-t-il écologique, fait converger des millions d’êtres humains vers les territoires épargnés, tout se déroule en huis-clos autour de Chazelle et de son équipe intimement persuadée que le prochain chapitre de l’Histoire de l’Homme s’écrit ici. Un être à lui seul peut-il incarner toutes les diversités d’un peuple en augmentation perpétuelle, comme semble le demander la Vème République ?

Alors que se font jour les stratégies de communication, l’omniprésence des réseaux sociaux, les affrontements d’égos, les petits secrets, les arrangements mais aussi la paranoïa généralisée, nous voyons les épaules de Chazelle flancher, malgré le soutien de son entourage. Et ce n’est pas la présence fantomatique de kanaks sorties des sous-sol du musée (et de l’histoire française) qui va rassurer ce messie politique sur sa mission.

Face à ce récit politique, fantastique et futuriste (la technologie elle aussi ne compte pas rester muette), nous vibrons dans nos fauteuils entre humour, réflexion, alerte et surprise.
Chose peu aisée, le Birgit Ensemble parvient à nous divertir tout en nous interrogeant sur le système politique dans lequel nous sommes inscrit.e.s. Reste à voir si le pluriel sera de mise dans quelques semaines.

« Roman(s) national »
conception, texte, mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot, Le Birgit Ensemble
avec Éléonore Arnaud, Pauline Deshons, Pierre Duprat, Antonin Fadinard, Anna Fournier, Lazare Herson-Macarel, Morgane Nairaud, Loïc Riewer, Marie Sambourg