Trimballés de foyers en familles d’accueil, les enfants et adolescents dont nous parle Mathieu Palain dans son puissant premier roman n’ont pas la vie facile. Et les éducateurs qui les suivent non plus. Sale gosse est une virée dans le quotidien d’enfants placés et de ceux qui se démènent pour les aider.

Wilfried a été placé chez Anna et Thierry alors qu’il avait huit mois et que sa mère Louise ne pouvait pas s’occuper de lui. Il a désormais quinze ans et il joue au football dans un centre de formation. Jusqu’au jour où il tape sur un adversaire sur le terrain et qu’il se fait renvoyer du centre. C’est alors le début de la descente aux enfers pour l’adolescent en échec scolaire, avec des problèmes de violence et de gestion de sa colère. Pour le lecteur, c’est le début d’un récit fascinant sur la dure réalité d’un système trop souvent répressif et punitif, et qui use jusqu’à la moelle ses éducateurs. On suit avec passion Nina, qui fait tout pour aider Wilfried à grandir, à trouver quoi faire et à sortir de ce cerle vicieux de violence.

Violence et abandon

Dès le début de son roman, on comprend que Mathieu Palain n’aura pas ce regard complaisant pour ces jeunes qui débutent dans la vie avec un boulet dejà accroché à leur pied. Qu’il ne cherchera pas à dépeindre ces jeunes comme la majorité de la population les imagine, leur attachant l’étiquette de délinquant à la première erreur. Et avec son écriture fluide et crue, l’auteur nous place les scènes qu’il décrit devant les yeux, comme si nous étions réellement au bord du terrain à les regarder se démener contre un environnement qui leur est hostile dès le départ. On s’attache rapidement à Wilfried, adolescent doué pour le football, mais qui perd toute chance de faire carrière à son premier faux pas. Alors qu’il retourne dans sa famille d’accueil, la réapparition de sa mère absente depuis quinze ans dans sa vie ne fera qu’ajouter à son instabilité et précipitera son retour dans un foyer entouré d’autres jeunes.

Le lecteur découvre alors tout le système des foyers, la diversité de jeunes qui se retrouvent là pour des situations qui n’ont souvent rien à voir entre elles et les obstacles à leur développement. Un point commun véritable entre tous ces « sales gosses » : la violence. Qu’ils aient été acteurs ou victimes, dans leur jeune existence, ils ont tous croisé la route de la violence. Viols, agressions, violence verbale et physique dans la famille, leur enfance n’a jamais été facile. La société ne les voit trop souvent que comme un problème, des jeunes pour qui on ne peut plus rien faire, mais se cachent souvent derrière leurs erreurs sentiment d’abandon et insécurité affective qu’ils ne savent gérer autrement qu’avec de la violence. Tout comme Wilfried qui sent monter en lui une vague de colère qu’il ne sait pas calmer.

Sport et confiance

Nina, de l’autre côté du système, est éducatrice à la PJJ, la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Son quotidien, difficile et éprouvant, est d’épauler ces adolescents, de les écouter et de comprendre d’où ils viennent et ce qui pourrait les aider à s’en sortir. Elle les accompagne à leurs éventuels procès, elle leur rend visite dans leurs familles ou dans les foyers où ils habitent. Elle s’investit, et tout particulièrement avec Wilfried, avec qui elle partage la passion du football. On apprend aussi des choses sur son passé, à quel point son adolescence à elle aussi a été compliquée, et la hargne dont elle a dû faire preuve pour s’en sortir. Une battante, tout comme tous ces gosses perdus qu’elle n’abandonne pas et qu’elle s’efforce de comprendre. « L’avenir vous pouvez le prendre par tous les bouts, face à un gamin de seize ans qui a décidé de vivre au jour le jour, c’est un mot qui ne veut rien dire.« 

Et le sport est un aspect important du travail de Nina et de ses collègues éducateurs. C’est à travers le football que Nina trouve un point d’entrée pour construire une relation de confiance avec Wilfried. Et c’est à travers des compétitions sportives que les éducateurs cherchent à faire sortir ces adolescents d’un contexte où la violence reste encore leur moyen d’expression. Esprit d’équipe, entraide et compétition saine, on aime à regarder Wilfried mener ses coéquipiers lors de matchs de football.

Sale gosse est un récit puissant et sensible sur le quotidien de ces gosses auxquels on ne fait pas confiance, qui sont perdus dans un système qui ne les aide pas à sortir de la violence et qui ne trouvent d’alliés que dans les éducateurs qui les entourent, véritables héros des temps modernes. Mathieu Palain signe ici un premier roman qu’on n’oubliera pas de sitôt !

sale gosse mathieu palain untitled magazine

« Sale gosse », Mathieu Palain, Editions L’Iconolaste, 352 pages, 18€