Après Fugitive parce que Reine, un premier roman autobiographique intense et émouvant sur la mère maniaco-depressive, Violaine Huisman s’attaque ici à une relation tout aussi fusionelle, avec un homme dont elle était folle amoureuse.

A l’approche de la trentaine, et pour fuir un très méchant chagrin d’amour, Violaine décide de partir traverser le désert. Du Maroc au Sénégal, elle s’envole pour un périple solitaire, principalement sur le sol mauritanien ponctué par de nouvelles rencontres mais surtout par les souvenirs récurrents de son ex-fiancé. « Y a t-il un vaccin contre les chagrins d’amour ? Un remède miracle, une cure au long cours, une méthode infaillible? Existe-t-il une botte imparable contre cet adversaire inhumainement draconien ? A part hara-kiri, je ne voyais pas d’alternative efficace pour faire taire cette douleur insoutenable. »

Alors quoi de plus normal pour l’héroïne que de tout plaquer, direction Nouakchott. Sans en mesurer le danger, et non contente de quitter son travail pour changer d’air, c’est un périple inattendu qui va l’attendre. Mais cette expédition sud-saharienne va faire ressurgir des souvenirs du passé et de cette liaison torride. « Comment était-ce possible d’aimer un homme à ce point ? Jusqu’à n’avoir plus aucun respect de soi, jusqu’à jouir de lui être soumise, jusqu’à baiser ses pieds avec adoration pourvu qu’il me relève et me plaque contre un mur ». Et si elle était venue ici retrouver une partie de lui ? En manque, prise d’un désir fiévreux, comme une addiction, tout ce qui l’entoure semble la ramener à lui.

Voyage en mère

Mais dans une seconde partie, on bascule naturellement vers les obsessions de Violaine Huisman. L’auteure veut nous transporter dans les méandres de ses souvenirs amoureux, mais aussi nous replonger dans ses traumatismes d’enfance. Il y aura d’abord son père, Antoine, son ainé de cinquante ans, marié quatre fois et père de huit enfants, bien plus âgé que sa mère qui, elle – Catherine -, finira par s’installer au Sénégal, dans le pays de son époux, Adama, alors presque plus jeune que Violaine. « Personne ne va pisser à ma place, maman me l’a assez répété, personne ne va vivre ma vie pour moi, il est temps que je me ressaisisse, que j’aille de l’avant. Un peu de tenue, bordel. »

A travers les hommes de son enfance, Violaine a intégré des schémas, des envies, des critères qu’elle ne maîtrise pas. Le modèle maternel est une initiation à l’amour, dont on n’a pas toujours tous les codes. En faisant ressurgir le passé de son enfance et ses souvenirs douloureux avec son ex-fiancé, Violaine Huisman s’offre l’opportunité de parler de sexe, avec une importante liberté. Et à chaque pas avec Rose Désert, une seule question persiste : « A quoi ressemble la condition féminine ? »

Avec une écriture percutante, aussi poétique que violente, Violaine Huisman signe un second roman éclatant. S’emparant avec brio d’un sujet si intime, jouant avec son écriture si particulière, l’auteur de Fugitive parce que reine confirme qu’elle a bien toute sa place dans la littérature.

Rose Désert, Violaine Huisman, Edition Gallimard, 240 pages, 19 euros