Dans un roman court, une affaire de famille et de déracinement, Loo Hui Phang nous ouvre les portes de sa famille à l’aide d’une plume simple et enlevée, touchante à sa façon.

La narratrice est une jeune photographe qui vit à Paris. Lorsqu’elle apprend que sa grand-mère, qui vient toujours au Laos, est décédée, elle part avec sa famille dans ce pays qui lui semble si étranger. Un moment de (re)conquête de son identité et de réconciliation avec sa famille.

Un roman familial

Dans ce roman écrit à la première personne, la jeune narratrice est éprise de la liberté et jouit de sa jeunesse à Paris quand sa famille est toujours à Cherbourg. Sa famille, ce sont ses parents, de discrets retraités, qu’elle regarde avec tendresse, et puis c’est ce frère ainé, revenu vivre chez ses parents qui à 30 ans ne pense qu’à fumer et jouer aux jeux vidéos. L’annonce du décès de leur grand-mère va éprouver la relation fraternelle qui les lie. La narratrice va tenter de comprendre ce frère qui lui échappe. « Une fois par mois, je reviens. Je retourne dans cet appartement pétrifié où, avec un acharnement rectiligne, tu sombres. » C’est un roman sur l’amour familial autant que sur la quête identitaire. En effet, ce voyage aux confins de la famille permet à chacun de se retrouver, de penser sa place dans cette famille écartelée. Comme une ode à son frère, la narratrice tente de le comprendre et de le rassurer.

C’est aussi pour la narratrice le moment de renouer avec cette famille lointaine et perdue. Elle décrit longuement ce grand-père qu’elle n’a que très peu connu et qui lui parle, qui lui raconte sa vie et sa relation avec la France. « Que dois-je penser de la France, chère petite ? Elle m’a instruit et donné un uniforme. Mais, à ses yeux, je demeure un indigène. Elle m’a pris ceux que j’aimais. Madeleine, mon unique fille, toi, ton frère. »

Les racines

Pour pouvoir comprendre son frère, la narratrice se penche sur ses origines, sur ses racines au Laos, ce pays conflictuel pour elle. Elle ne garde pas ou bien très peu de souvenirs de ce pays qu’elle a quitté à un an contrairement à son frère parti à ses onze ans. Ainsi celui-ci vit mal ce déracinement tandis qu’elle s’en fait peu.

« Où qu’ils soient, les Vietnamiens restent des Vietnamiens. C’est ça, ton identité. Tu as beau avoir grandi ici, sans aucun souvenir de notre pays, tu n’es pas française. Tu es et tu seras toujours une Vietnamienne. »

Ce voyage permet à cette famille déchirée par l’exil de panser ses blessures. Revenir sur les traces de sa famille, permet à la narratrice son introspection personnelle. Avec Imprudence, roman pur et poétique, Loo Hui Phang parle très bien de la difficulté de l’exil pour ceux qui ont connu leur pays et des liens fraternels.

« L’imprudence », Loo Hui Phang, Editions Actes Sud, 144 pages, 17,50€