Premier roman de Meryem Alaoui, La vérité sort de la bouche du cheval nous plonge dans le quotidien d’un quartier populaire de Casablanca, aux côtés de Jmiaa, jeune prostituée, et toute sa bande. Fascinant.

Jmiaa, prostituée, habite seule avec sa fille dans un appartement en plein centre de Casablanca. « Quand j’ai fini de travailler, je ne perds pas de temps ». Entre les passes, les soirées nocturnes, son amoureux Chaiba, ses copines et la télévision… On ne s’ennuie pas avec Jmiaa.

« Ce soir-là, il y avait en plus Rabia en train de parler au téléphone avec sa sœur qui est mariée en Italie et à chaque fois, elle crie parce qu’elle n’entend pas bien. Elle dit que le réseau est mauvais. Moi, si tu veux mon avis, je pense que le réseau n’a rien à voir là-dedans, même si c’est vrai qu’il est merdique. Rabia est sourde et il n’y a qu’elle qui ne s’en rend pas compte, c’est la vérité ». Ecrit à la première personne, en français, comme un journal, Jmiaa raconte la vie de son quartier, son quotidien, mais aussi le passé. Elle revient sur sa rencontre avec son mari, un gars du bled – comme elle dit – qu’elle a épousé pour faire taire les mauvaises langues. Elle parle aussi de sa mère Mouy, mais qui ne sait absolument rien de sa nouvelle vie à Casa. Et bien sûr, de sa consœur dépressive, Halima, qui lit le Coran entre deux clients.

Chronique de quartier

Mais très vite, toute sa petite vie va être chamboulée par une rencontre. Chadlia, une jeune femme en repérage dans le quartier s’intéresse à elle. En pleine préparation pour son long-métrage, « Bouche de cheval », comme la surnomme très vite Jmiaa, souhaite raconter la vie du quartier, sa vie. Le quartier, les gens, l’ambiance, elle n’attend qu’une chose… qu’on lui décrive cette vie.

Bouleversant alors toute la vie du quartier, se prêtant au jeu, Jmiaa finit par devenir l’actrice et jouer son propre rôle, sans trop savoir où tout cela va finir par la mener. Avec justesse, le personnage raconte la dureté de la vie, le quotidien dans ce Maroc pauvre mais aussi l’amour, la violence, la religion et les dérives de la corruption.

« Heureusement que j’en ai parlé à personne. Imagine si j’avais dit aux filles que j’allais donner une interview et tout ça, et qu’après il se soit avéré que c’est juste Hamid qui a tiré une taffe de trop sur le joint de son play-boy de copain ? ». Au fil des pages, on se surprend à rire, pleurer, sans jamais lâcher ce personnage, pleine de bravoure. Rythmé, pleine d’humour, maniant la langue avec habilité, mais sans perdre l’oralité – comme on sait si bien le retrouver au Maroc – Meryem Alaoui nous transporte de l’autre côté de la Méditerranée.

« La vérité sort de la bouche du cheval », Meryem Alaoui, Edition Gallimard, 272 pages, 21 euros

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr