Paula McGrath dresse un beau portrait de trois femmes, trois combattantes, de deux générations dont la vie a été marquée par la question de l’avortement en Irlande.

Paula McGrath nous plonge en Irlande – avec une petite escapade aux Etats-Unis, dans le Maryland – et nous conte le destin de trois femmes. Un même fil rouge : l’avortement, interdit jusqu’en 2018, et la fuite pour rejoindre un destin meilleur, une liberté, pour devenir ce que l’on veut tout simplement. Mais deux époques les séparent : 1982 et 2012.

On y croise d’abord une gynécologue, qui sature de son emploi à l’hôpital de Dublin où elle exerce, mais qui hésite à accepter un emploi à Londres. La cause ? Sa mère, coincée dans une maison de retraite en Irlande. Puis on rencontre Ali, dont la mère vient de mourir, et qui traine avec un gang de bikers pour échapper à ses grands-parents. Et précipitamment, le récit nous transporte en 1982, avec Jasmine, une jeune fille qui veut faire de la boxe, mais en Irlande dans les années 1980, c’est un sport interdit.

Ces trois femmes sont reliées par un même désir ou un besoin de fuir leur environnement. De 1980 à aujourd’hui, aussi bien à Dublin, qu’à Baltimore ou à Londres, elles veulent toutes échapper à leur destin. Se faire respecter, décider elles-mêmes, grandir, se tromper pour éviter une vie imposée et vivre libres. « Qu’est-ce qu’ils avaient tous, à vouloir la raccompagner ? Elle souhaitait juste rentrer seule à pied sans craindre d’être agressée, ou traquée par un cousin. Une fille n’avait-elle pas le droit d’avoir la paix ? »

Le refus d’un destin

Dans ce deuxième roman, Paula McGrath dresse des portraits de femmes fortes, mais aussi fragilisées, perdues, et contraintes de prendre certaines décisions. Alors que pour des hommes, rien de plus facile. Ici, ils sont dépeints comme des prédateurs, des incestueux, considérant les femmes comme des objets, parfois même des jouets sexuels mais jamais comme des êtres humaines.

Elle revient sur des scènes du passé, pointant les jeunes filles obligées d’accoucher en secret dans des couvents, ou d’abandonner des enfants après la naissance à des soeurs en vue d’une adoption. « La loi est la loi, et tant qu’elle ne changera pas, ils feront ce qu’ils ont toujours fait, c’est-à-dire de leur mieux »

Ici, l’Irlande est montrée du doigt, tout comme la société britannique des années 80. Une société brute, sclérosée, machiste, sans les femmes. L’auteure épingle avec ferveur l’Irlande étriquée d’avant la législation de l’avortement, en 2018. Et elle n’hésite pas à revenir sur le scandale qui a éclaboussé l’Irlande, en 2012, lors du décès d’une jeune femme que les médecins n’avait pas voulu avorter alors que sa vie était en danger. « Ce dernier scandale médical est un sujet de préoccupation réel, qui la stresse autant que ses collègues. Le moral est au bas du personnel, et les arrêts maladies pour des pathologies liés à l’anxiété se multiplient »

Paula McGrath signe un roman difficile et éprouvant autour d’histoires de vies compliquées, dans un monde où il est compliqué d’être une femme et de vivre de liberté.

« La fuite en héritage », Paula McGrath, Edition La Table Ronde, traduction (anglais) de Cécile Arnaud, 336 pages, 21€