Faïza Guène nous livre un puissant roman familial autour de trois générations de d’immigrés, divisés entre l’Algérie et la France. Une histoire poignante à travers le destin d’une famille, qui relie un demi-siècle d’histoire.

Yamina est Algérienne, et est née dans ce pays. Une Algérie dépassée, poussiéreuse, pauvre, mais où elle était heureuse. Mais au lendemain de son mariage, elle est arrachée à sa terre natale et se retrouve à habiter dans une tour à Aubervilliers. 

Le silence des Algériennes

Dans cette France où elle se sent – même après tant années – une étrangère, elle mène une vie en toute discrétion. Elle ne souhaite qu’une chose : que ses quatre enfants grandissent sans haine. Elle ne leur parlera jamais de son passé, de sa relation conflictuelle avec la France et de la douleur profonde de son exil. Mais au fond d’elle, ça gronde. « Cette colère, ses parents se sont pourtant évertués à l’étouffer en eux. Ils se sont donnés tellement de mal pour la dissimuler, pour protéger Hannah, ses soeurs et son frère ».

Yamina veut oublier pour les protéger. Taire sa colère, cacher sa vérité, c’est pour eux qu’elle le fait. A travers ce récit, c’est un autre regard que porte le lecteur, sur ces femmes, ces mères, déracinées de leur pays, qui portent un mal-être profond, mais qui se dissimulent derrière leur voile pour offrir un avenir à leurs enfants. « Pour toujours, elle gardera la tristesse profonde de ceux qui ont le sentiment de tout avoir abandonné, alors même qu’ils ne possédaient rien. Pour toujours, elle gardera cette illusion terrible, qui laisse croire qu’on peut quitter un lieu, y retourner et retrouver les choses comme on les a laissées ».

Tristesse et combat

Derrière cette femme discrète, qui se cache derrière son voile, on découvre une mère, aimante et combattante. Alternant les chapitres entre sa vie en Seine-Saint-Denis et le récit de son passé en Algérie, Faïza Guène dessine la détermination et le courage de cette femme qui a – dans le plus grand des silences – combattu le colonialisme qui a gangrené son pays.

Mais même si Yamina a su trouvé le bonheur dans son présent en France auprès de sa famille, elle gardera « pour toujours la tristesse profonde de ceux qui ont le sentiment de tout avoir abandonné, alors même qu’ils ne possédaient rien. Pour toujours, elle gardera cette illusion terrible, qui laisse croire qu’on peut quitter un lieu, y retourner et retrouver les choses comme on les a laissées.

Dans ce récit court et subjuguant, Faïza Guène raconte ce voyage incroyable, celui d’un périple entre un petit village berbère et la banlieue parisienne. Elle y invite toute une génération : parents, aïeux et enfants. Tous portent ensemble la colère car comme tous, dans cette société française ils sont étrangers ici, mais aussi étrangers quand ils retournent au pays. « Malgré eux, ils ont faits des enfants accablés. Y en a plein les villes, de ces gosses-là, et à vrai dire, c’est plutôt facile de les identifier : les enfants accablés font comme leurs parents, ils marchent la tête baissée ».

D’une écriture subtile et directe, Faïza Guène n’y va pas par quatre chemins. Juste, la romancière offre un récit qui dépasse l’histoire d’une même famille pour évoquer la grande Histoire, celle qui constitue aujourd’hui le passé de milliers de famille, de parents et d’enfants, avec un bout de coeur divisé entre l’Algérie et la France.

« La discrétion », Faïza Guène, Edition PLON, 256 pages, 19 euros