Après « L’Été des quatre rois » – couronné par le Grand Prix du roman de l’Académie française – Camille Pascal plonge son lecteur dans la Cour de Louis XV, au cœur des intrigues amoureuses et des complots politiques en plein dans un monde qui vacille. 

Louis XV, dit le “Bien-Aimé” ne le fut pas toujours. De sa longue liste des maîtresses royales, seulement deux ont été véritablement aimées par le roi, l’une au début de son règne, l’autre à la fin. 

Et dans la famille Mailly-Nesle, sur les cinq filles, quatre d’entre elles ont fréquenté la couche de Louis XV. Mais c’est Marie-Anne qui évincera toutes les autres et deviendra sa maîtresse royale passant sous le titre de duchesse de Châteauroux. « Un faux pas, une chute, le moindre geste déplacé ou ridicule, bref tout ce qui pouvait faire rater une présentation à la Cour disqualifiait une débutante pour le restant de sa vie et entachait le prestige de toute une famille. »

Les intrigues de cour sous Louis XV

Subjugué par cette femme qui se refuse pour mieux le séduire, le roi lui cède tout jusqu’à lui offrir une place qu’aucune favorite n’avait encore occupée sous son règne. Il vivra tel un conte de fée à ses côtés, jusqu’au jour où il part pour la guerre et y tombe gravement malade à Metz. Adorée du roi, jalousée par la Cour, crainte par les ministres, mais aussi haïe par le peuple, quelle place occupera-t-elle face à l’Eglise et l’Etat ?  

La Chambre des dupes se concentre sur la courte période de gloire de cette favorite, dont la mort à 27 ans laissera Louis XV déprimé, jusqu’à l’arrivée de la Pompadour, deux ans plus tard. Camille Pascal raconte avec passion tout ce qui se trame autour de Louis XV, les clans qui se forment et les alliances qui se créent avec d’un côté ceux qui affrontent Maurepas et les autres avec le duc Richelieu. « La vie de Cour exigeait une santé de crocheteur et une parfaite indifférence à tout ce qui n’était pas la volonté du roi. Lui seul décidait du jour ou de la nuit, du réveil ou du sommeil, de la joie ou de la tristesse. Le reste n’existait pas et, en réalité, n’avait été créé par Dieu que pour les gens du commun, mais, dans ce pays-ci, les lois de la nature, si elles n’étaient pas suivies par le roi, n’en étaient pas. »

L’Histoire de France

Ce qui nous frappe ici, c’est qu’à travers l’écriture de Camille Pascal, le lecteur est comme transporté au XVIIIème siècle. Avec soin, il décrit et use de détails pour retranscrire le parfait décor de l’époque. Meubles, costumes, coutumes et habitudes de la cour nous entrainent des siècles en arrière. « Assurément, les rois ont des avantages, mais le plus grand en amour est d’être jeune, beau comme Votre Majesté, et surtout d’être aimable. François Ier, Henri IV, Louis XIV se donnèrent la peine de plaire ; cette peine devrait coûter moins à Votre Majesté qu’à personne, mais une maîtresse n’est pas un portefeuille et si vos ministres vous apportent le leur à chaque Conseil, je doute fort qu’ils puissent mettre Mme de la Tournelle dans vos bras… »

Et que l’on soit fan d’histoire ou non, c’est bien l’Histoire de France qui se dessine sous nos yeux. Le roi de France, Louis XV marquera les esprits. Se laissant gouverner par ses pulsions sexuelles, ses envies d’aller à la chasse, il finira – poussé par Marie-Anne – à se rendre à la guerre, et briller. Mais c’est pourtant là que tout commence. Sous nos yeux, face à un Roi plutôt enclin à retrouver sa belle qu’à combattre, c’est là que prendra ses racines la Révolution Française, éclatant 45 ans après. Déjà, l’image royale s’efface laissant paraître un roi peu intéressé par la vie politique, casanier, sans charisme, attiré plutôt par ses conquêtes.

Camille Pascal signe un très beau roman, parfaitement documenté, dans lequel il restitue avec naturel les intrigues de la Cour et les manœuvres politiques qui s’exercent autour de Louis XV.

« La chambre des dupes », Camille Pascal, Editions Plon, 512 pages, 22 euros