Dans son deuxième roman, Laurent Petitmangin nous emmène dans l’Allemagne d’après-guerre. Entre histoire d’amour et d’espionnage, ce roman nous plonge dans la réalité du Berlin morcelé après 1945. 

Gerd est un jeune allemand qui vit en RDA, dans Berlin-Est, enrôlé dans le Parti aux côtés de Käthe Spitzweiler. Sa croyance sans limite dans le bloc soviétique se délite à la rencontre d’une architecte américaine, Liz.

Tout au long du roman, Gerd animé par son amour pour ces deux femmes, chacune d’un côté de Berlin, chacune le croyant dans son camp, se perd et se questionne. Jusqu’où aller par amour ?

Un portrait de ville

Laurent Petitmangin décrit la ville à sa sortie de la guerre, une fournaise ardente, ville défigurée où plus rien ne tient debout, où tout doit être reconstruit. C’est dans ce contexte qu’il place Gerd et Käthe, les deux protagonistes de cette histoire. De leur engagement pour reconstruire la ville à la création du programme visant à enrôler des scientifiques afin de créer la fine fleur de la RDA pour servir le Parti, il n’y a qu’un pas.

« Mes décorations accrochées sur le mur en face brillaient à la lune et me faisaient de l’oeil. La RDA reconnaissante. Je les regardais en paix, ces médailles. La RDA, ma patrie. « 

Le roman dresse un portrait radical des deux blocs, autant RFA que RDA. L’auteur y décrit les différences criantes entre les deux blocs, mais aussi la vie en RDA à travers les yeux de Gerd, sympathisant du Parti pour qui il travaille. Entre révélation, espionnage et action concrètes, on entraperçoit ce qu’était la vie le temps du Mur à Berlin.

« Je voulais encore ressentir cette puissance, l’insolence des américains. Leur cynisme plus jeune, plus irrésistible que le nötre. Ces gens n’avaient peur de rien. » 

Gerd est confronté tout au long du roman à ses propres contradictions, l’Ouest, Liz et les Américains, qu’il rencardent malgré lui et l’Est, Käthe et le Parti. Un quotidien fait de questionnements et d’actions dans l’ombre.

Un portrait de femmes

C’est autant l’histoire de Gerd que celle de Liz et Käthe. Comme deux pôles opposés, l’une représente la froideur de la RDA et sa rigueur, quand l’autre est plus solaire et prompte au laisser aller qu’on peut trouver de l’autre côté du mur.

Käthe est l’instigatrice du programme regroupant les scientifiques et visant à faire naître une nouvelle génération de chercheurs. Elle administre sa vie et son histoire avec Gerd, d’une main de fer. Elle est froide et convaincue, même si parfois elle s’ouvre à notre narrateur.

« Le corps de Käthe m’échappait. Je l’appréhendais avec peine. J’en voyais toujours la beauté, il s’était même adouci, mais il me battait froid. »

Liz est l’autre pendant. Elle est plus tendre et plus expressive, même si la relation n’est que platonique entre eux, on sent le lien qui se construit entre les deux personnages. Elle aussi mène d’une main de maître sa part dans les renseignements.

« C’était une actrice qui ne me décevait pas, je l’observais avec plaisir dans chacun de ses rôles, dans les multiples variations d’une femme libre d’attache, qui n’avait pas à endosser la faute, ni la souffrance de Berlin, qui n’avait même pas à la reconstruire. »

Elles représentent les deux aspirations du personnage principal et en même ses contradictions.

Un deuxième roman réussi sur une ville et sa reconstruction au même titre que celle de ceux qui y vivent.

« Ainsi Berlin », Laurent Petitmangin, Editions La Manufacture de livres, 272 pages, 18,90€

Découvrez d’autres livres de l’auteur :