Dans son dernier livre, c’est à la genèse de ses polars, désormais de vrais best-sellers, que Caryl Férey s’intéresse, dans son style percutant toujours aussi caractéristique. Du carnet de voyage à l’enquête, il nous emmène en voyage.

Voyages, pérégrinations, questionnements, lames de rasoir ou rencontres : ce sont eux les personnages de ce nouveau livre. Caryl Férey décortique pour notre plus grand bonheur son processus d’écriture, et les séquences qui l’ont amené à devenir l’auteur de polars à succès que l’on connaît – et c’était pas gagné !

De la lame de rasoir à l’ailleurs

C’est sur un Caryl Férey jeune que s’ouvre le livre. On découvre un jeune homme en conflit permanent avec la vie et la société française dans laquelle il a grandi, qui ne trouve pas sa place. Originaire de Montfort-sur-Meu, une ville près de Rennes, il ne s’attarde pas sur son enfance et son adolescence qu’il semble avoir globalement mal vécues. Le véritable déclencheur de l’histoire du roman – et donc de sa vie, selon lui – est la lecture de Bleu comme l’enfer de Philippe Djian qui lui donne un objectif : devenir écrivain, coûte que coûte.

Débute ainsi l’épopée du Caryl Férey auteur, qui décide assez rapidement que le voyage sera la base de son activité créatrice. C’est lors d’un voyage avec un ami en Nouvelle-Zélande qu’il rédige ses premières nouvelles, odes à une jeune femme rencontrée dans un bar. Juge critique de ses propres écrits et éternel insatisfait, ses premiers pas dans l’écriture ne sont pas un franc succès. A son retour en France après quelques mois dépaysants en Nouvelle-Zélande, il vivote et se voit renvoyés tous les romans qu’il cherche à faire éditer.

Du voyage au polar engagé

A travers ce roman, c’est comme si Caryl Férey nous emmenait dans son sac de voyage, nous ouvrait son carnet de notes. De la Nouvelle-Zélande au Chili, en passant par l’Afrique du Sud, l’Argentine ou les Etats-Unis, on suit l’auteur sur les traces du processus d’écriture de ses plus grands polars. Et on comprend que son objectif est bien de rendre compte de ces pays qu’il traverse, dans lesquels il reste de longs mois, et qu’il visite à plusieurs reprises: « Un travail de journaliste reporter est la base de mes romans, qui se doivent de donner la vision la plus juste d’un pays. Si les passages trop didactiques sont à éviter, il faut que le lecteur, à travers la fiction, sorte du livre mieux informé qu’il n’y est entré« . Il se nourrit de ce qu’il y voit, des rencontres qu’il y fait pour construire ses personnages et ses histoires. Il n’a pas besoin de connaître le pays, il doit le comprendre en profondeur, se le faire raconter par ceux qui le vivent au quotidien.

L’écriture, c’est ce que Férey appelle son « arme de construction massive« , ce qui l’a sauvé dans sa jeunesse, et ce qui lui permet d’exister durant le reste de sa vie. Pourvu que ça brûle est le témoignage qu’à l’heure où les réseaux sociaux réduisent les distances et aident aux communications, les rapports humains comptent toujours. Qu’il est toujours nécessaire d’être sur place, de parcourir les township de Cape Town, d’expérimenter la vie nocturne de Buenos Aires, de fouler le désert d’Atacama, pour raconter leurs histoires.

Et le résultat est fascinant : des polars engagés à la justesse rare, où le lecteur découvre les injustices de l’apartheid toujours vivaces en Afrique du Sud dans Zulu, les combats des Grand-Mères de la place de Mai argentines pour retrouver leurs enfants et petits-enfants enlevés pendant la dictature dans Mapuche, ou encore le sort réservé aux Indiens survivants aux Etats-Unis dans Les nuits de San Francisco,… Le récit autobiographique que nous propose Caryl Férey dans ce dernier livre est l’occasion de voyager, mais aussi de (re)lire ses polars d’exception !

« Pourvu que ça brûle », Caryl Férey, Editions Livre de Poche, 288 pages, 7,10€

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr