Dans un roman autobiographique, Constance Debré raconte sa découverte des amours féminines. Femme, mère, épouse, avocate, fille de, Parisienne,… autant de qualificatifs que d’étiquettes dont Constance Debré essaye de se défaire en se racontant.

« Ce n’est pas sur moi, c’est à partir de moi » : c’est que dans ce roman, elle veut raconter la vie, pas sa vie, mais la vie en partant d’elle. Elle part de soi pour décrire les choses qui touchent chacun : l’argent, le travail, le logement, les enfants, la vie sentimentale et le sexe.

Constance Debré est avocate, elle a notamment défendu les jeunes djihadistes revenus de Syrie. Cette maîtrise de l’oralité, elle la met au service de l’écriture. Dans une langue orale sévère, son écriture est tranchée, ses phrases sonnent comme des couperets. Elle ne s’embarrasse pas de politesses en trop, ni de mettre les formes, c’est une écriture crue qui prend au corps, qui surprend et qui peut mettre mal à l’aise. Pourtant, Constance Debré maîtrise à la perfection cette brutalité du langage qui donne ce souffle particulier au roman. De plus, c’est par cette force qu’elle réussit à insérer la beauté du texte, force qui devient douceur et qui nous émeut.

Un amour à découvert

Ces qualités littéraires nous racontent comment l’auteur découvre les passions féminines. Mariée et mère, elle qui « s’emmerde » va trouver une nouvelle quête avec cette passion naissante. C’est une quête d’identité en lisant ses mots, on a l’impression qu’elle se cherche et que ces nouvelles amours aident à cette construction. Elle décrit comment elle change et comment elle s’appréhende et s’accepte avec ce nouveau regard. Dans une réflexion singulière, l’auteur décrit avec précision ses changements, comme un diagnostic de son état.

C’est une quête d’identité mais c’est aussi une quête de l’autre. Dans ce parcours, parfois initiatique, elle décrit cet apprentissage du corps de l’autre et plus exactement de celui des femmes. C’est la description de la découverte pour Constance, de cet autre.

Des portraits

A travers son récit, on découvre aussi des portraits de femmes. D’abord le sien, puisqu’elle se décrit précisément. Elle fait un état des lieux de sa vie, de sa famille, de son couple, un peu comme un inventaire. Mais c’est surtout le portrait de ses partenaires qui est intéressant. Deux femmes différentes et aux vies éloignées. Elle en dresse des portraits ardents, parfois emprunts de subjectivité.

D’Agnès, la première femme, elle écrit qu’« elle a un métier, un appartement dans le 14ème et une maison à la campagne. Elle prend le bus. Elle va au cinéma le samedi, elle fait des brunchs le dimanche, elle aime Emmanuel Carrère, elle ne porte jamais de baskets. Sauf l’été, en toile. Elle boit du vin le soir, plutôt du blanc ou des rouges légers, des vins de pays. Elle lit Elle et Le Monde. »

Et d’Albertine, la deuxième, elle écrit qu’elle lui plaît parce qu’« elle avait les cheveux très courts, très bruns, la peau très blanche, un col de fourrure, des lunettes de soleil très noires et du rouge à lèvres aussi. […] Elle s’appelle Albertine mais tout le monde l’appelle Albert. […] Elle vit au lit. Elle réfléchit. Ou elle dort. »

Pourtant, les contours de ces personnalités sont aussi flous comme pour exprimer les difficultés à maîtriser ces relations. Comme si la difficulté de vivre ces aventures s’exprimait dans ces portraits de femmes. Elle fait en creux le portrait de femmes indépendantes et assumées.

Ce roman semble s’accorder avec son discours prononcé lors du Concours de la Conférence du Barreau de Paris, un concours d’éloquence, sur le sujet « Faut-il tout gâcher ? » : « Tout est déjà gâché et que c’est formidable car c’est là que tout commence. »

Un beau récit sur l’identité et l’amour livré dans la force du discours.

« Play Boy », Constance Debré, Editions Stock, 160 pages, 18€

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