Que révèlent à celles et ceux qui les vivent, les expériences avec une civilisation extra-terrestre ? Éléonore Joncquez met en scène cette enquête intime sur le moi et le nous menée par le dramaturge russe Ivan Viripaev. OVNI à voir jusqu’au 24 avril à la Tempête.

Venue d’un ailleurs incertain, la voix de Viripaev accueille les spectateur.rice.s. Gage de vérité du spectacle qui va suivre, elle explique comment ses témoignages ont été glanés dans le but d’en faire un film. À défaut d’effets spéciaux cinématographiques, ce sont des corps bien présents qui vont transmettre ces confessions et qui redoublent malignement le régime de croyance. Histoire tout de même de nous planter le décor et de rappeler qu’il y a un ailleurs cosmique, Éléonore Joncquez ne s’interdit pas l’usage de vidéos de nébuleuses et autres images spatiales. C’est dans un décor sobre, sorte de rideau d’un gris tout galactique disposé en arc de cercle, que la rencontre entre l’ici et l’ailleurs, le je et le nous, l’être et son environnement, va avoir lieu.

Alors qu’une projection visuelle donne l’impression qu’une fenêtre s’ouvre dans ce rideau, surgit en chair et en os une jeune fille poussant un lit. Une fois le décor de sa chambre campé, elle raconte sa rencontre avec cet ailleurs extra-terrestre et l’influence qu’il continue d’avoir sur sa vie. Le même procédé, apparition d’un.e personnage et de quelques accessoires, va suivre pour les neufs autres témoignages. Mis à la place de l’interviewer.euse, le public est seul à pouvoir faire dialoguer ces monologues. Rapidement des similitudes apparaissent : il n’est jamais question de petits bonhommes verts ou de soucoupe volante (mis à part pour la blague) mais d’une intense énergie ressentie, d’un temps suspendu, d’une vision macroscopique. Révélation mystique ? Vibration animiste ? Découverte d’une Déesse ou d’un Dieu ? Chacun.e peut y associer ses propres vues. La diversité de ces dix individu.e.s, leur interprétation semblent éloigner tout doute possible. Pourtant il s’agit bien de théâtre dont les artifices (décors, costumes) sont à la vue de tous.tes. Au fil de la pièce un miroir est tendu au public : et lui, en quoi croit-il ?

Réflexion autant sur la fiction que sur la vie, OVNI jongle adroitement entre divertissement et songerie existentielle. À partir d’un sujet jugé aussi fantasque par l’avis général, la pièce révèle des sujets on ne peut plus terre à terre comme celui de l’écologie et du vivre ensemble. Et s’il était grand temps pour l’être humain de considérer l’ailleurs ?

« OVNI »
texte Ivan Viripaev
traduction Tania Moguilevskaia, Gilles Morel (éditions Les Solitaires intempestifs)
mise en scène Éléonore Joncquez
avec Grégoire Didelot, Éléonore Joncquez, Vincent Joncquez, Patrick Pineau, Coralie Russier

au Théâtre de la Tempête jusqu’au 24 avril.