Orsten Groom est peintre, c’est à n’en point douter. Un vrai peintre qui considère l’Art comme une sorte de toute puissance précédant l’homme. Immanent, il a toujours été là et le restera toujours. Ouvrier des couleurs, travailleur des formes, l’artiste jette sur la toile des geysers éclatants de peinture à l’huile brutes. Figurations et giclures se rencontrent, s’apposent et se toisent pour laisser une sublime impression chaotique de toute puissance. Il gribouille, appréhende le support jusqu’à ce qu’en émerge une ombre. C’est à partir d’elle que le dialogue s’installe. C’est là que la curiosité du peintre est piquée. De l’ombre jaillit la lumière, la lumière d’une recherche qui ne cessera que lorsque la toile sera saturée, repue de toutes significations et offrant au monde, l’autonomie de sa beauté.

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DOPPELGÄNGER, 2016 (détails)

Peinture souveraine et tableau libre

Si le regardeur peut voir ce qu’il veut dans les tourbillons qui lui sont offerts, c’est bien parce que la peinture le lui permet. Le peintre lui, revendique son travail de peintre comme une véritable application. Il exécute ce que lui chuchote la toile, allant chercher là où elle le mène. D’une forme il s’interroge, va demander à la bible d’informations qu’est internet, puis revient à la toile, réponses en mains et peinture au bout des doigts. Ni lui, ni ses choix esthétiques n’entrent en jeu, il place la couleur où elle est nécessaire et offre quelques fatras figurés. Là un âne, là un christ, ici un canard où un sexe tendu, le tout dans une explosion frénétique de couleurs franches. Le tableau l’instruit, lui dicte les associations à faire et les formes à coucher. Que les celles-ci naissent de ses névroses intérieures n’a aucune importance, il est là comme exécutant, comme un tamis qui écrémerait ce que lui susurre la peinture, ferme et directive. Là, dans cette mise à disposition aiguillée et presque réclamée, le tableau peut prendre toute l’ampleur de son indépendance. Une fois terminé, il est libéré, et s’en va rejoindre le monde autonome des murs blancs.

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FIGUREN, 2016

Une invitation à voir

Ce qui est fascinant dans le travail d’Orsten Goom, outre la profusion rayonnante de vie qui s’en dégage malgré la noirceur première qui pourrait s’en échapper à première vue, c’est l’appel à l’interprétation. Truffée de références, celui qui plonge dans les amas de pigments pourra en ressortir toujours vainqueur, explication brandie à la main. Délires scatophiles, tourments religieux, libido exacerbée, références mythologiques, bestiaire ordinaire, étranges émotions, scènes de vie, paysages lugubres, douce musique où frénésie extatique, nous sommes tous affranchis devant cette liberté déjà opérée de la couleur. Référant à mille choses (religion, sexe, humour, histoire des religions, des philosophies et des arts), influencé par mille plus encore (Kafka, Nietzsche, Harms, Turner, Heiddeger, Herzog, Trier, Rosset…) il en est une qu’il fustige : la perspective. Orsten Groom réfère son art à ce qui se faisait avant la Renaissance, à ce qui à précédé ce moment historique où l’homme a placé le monde à sa hauteur. Ici vous trouverez des renvois aux aplats du Moyen-Âge et à tout ce que le monde peut offrir. Le monde, pas la culture, car celle-ci n’est qu’horreur pour le peintre. C’est elle qui écrase l’univers, s’emparant de ce que l’Art a à offrir pour n’en faire qu’un récital sonnant faux. Non, mieux vaut ne pas parler de « culture » à Orsten Groom, mais plutôt d’autonomie et de liberté. Et l’art restera ça pour lui, un jeu de rebond où tout le monde est à égalité devant ce qui est contemplé.

Jean-Michel Alberola dit un jour « Le tableau dis « toi-même » et le spectateur « moi aussi »» C’est ici à propos.

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G : RATTENGöTTIG CLOACINA 2015 – D : GREAT CAESAR’S GHOST

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ODRADEK, jusqu’au 2 mai 2017
24 rue Beaubourg, Paris 75003, Métro Rambuteau
Commissaire: Paul Ardenne
Entrée libre

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