Après La Salle de Bal, le nouveau roman d’Anna Hope nous entraîne à Londres dans les années 90 à la rencontre de trois amies trentenaires, des portraits flamboyants et touchants, auxquels on s’attache immédiatement. 

Hannah, Cate et Lissa vivent ensemble dans une maison victorienne à Londres, à l’ombre de leur trentaines. Chacune mène sa vie comme elle peut, mais ensemble. Le roman traverse leurs destins, toujours liés et parfois séparés. Un combat pour la maternité, une vie familiale quelque peu troublée et les aspirations théâtrales des unes et des autres, voilà ce qui compose ces trois portraits de jeunes femmes.

La sensibilité et la douceur sont au coeur de ces tranches de vie.

Ce que la vie fait à l’amitié

Dix ans après cette vie en colocation, elles ont parcouru chacune leur chemin et pourtant se cherchent encore. Cate est une jeune mère un peu perdue, résolument attachée à son fils Tom mais qui sent qu’elle n’est pas forcément à sa place, elle cherche, se cherche pour se sortir de cette vie qui ne lui convient pas. Hannah veut un enfant, mais cette maternité est un combat, entre FIV et rendez-vous médicaux, son couple s’abîme. Et Lissa veut devenir actrice, en vain, de casting en casting, la jeune femme se perd.

« Elles ont fait des erreurs mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne sentent pas vieilles. »

Les trois amies luttent pour se trouver. Anna Hope nous dresse ici trois portraits, liés et déliés, chacune gardant contact avec l’autre. L’auteure fait des aller-retours entre le présent et le passé, décortiquant la vie de Hannah, Cate et Lissa, nous glissant ainsi dans leur vie. Et on ne peut que s’attacher à ses trois femmes.

« Elles marchent sur la pelouse, et tandis qu’elles marchent, dans cette lumière dorée éméchée, le monde semble rempli d’amour, de possibilités. Hannah tire ses amies à elle, appuie son front contre le leur. Je vous aime, dit-elle. »

Chacune perdue dans son combat, elles se perdent pour mieux se retrouver. Sans jamais perdre de vue le lien qui les unie, cette jeunesse passée ensemble, les bancs de la fac, l’école primaire ou bien la vie en colocation, elles sont liées par un passé commun qui conditionne leur présent. Elles se connaissent, tentent de se soutenir parfois maladroitement, ce qui rend ce roman d’autant plus réaliste.

On se trouve au milieu de ses trois femmes qui se battent avec leurs aspirations, sans renoncer à vivre mieux, à trouver cette vie qui leur fait tant envie.

Etre une femme

Hannah, Cate et Lissa sont différentes. Anna Hope écrit magnifiquement la psychologie de chacune, les doutes et les attentes. Elles ne sont pas du même monde, elles n’ont pas grandi dans les même conditions et pourtant. Ce que nous donne à lire ce roman, c’est la beauté de l’amitié mais surtout des portraits de femmes d’aujourd’hui.

« L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée.
Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront. »

Addictif, on a envie de dévorer leur vie et on voudrait que cela ne s’arrête jamais. Avec sensibilité, Anna Hope aborde la maternité à travers tous les aspects – être mère, vouloir le devenir et être fille. Hannah qui veut un enfant, Lissa et sa relation avec sa mère, Cate, son mariage et son fils. Même si c’est un roman sur le destin de ces trois femmes, Anna Hope aborde aussi les questions de construction de soi par le prisme de la maternité.

« Il faut s’accrocher à ses amitiés, Lissa. Les femmes. Elles sont la seule chose qui te sauveront au final. »

Un beau roman, à lire d’une traite et qui se dévore. Anna Hope signe encore un très bon roman avec des personnages forts et attachants.

« Nos espérances », Anna Hope (traduit de l’anglais par Élodie Leplat), Editions Gallimard, 368 pages, 22€